Affaire Rita Djédjé : information judiciaire ouverte, mandat de dépôt requis contre la promotrice, Serey Dié parmi les mis en cause
L'affaire des ventes de terrains attribuées à Rita Bénédicte Djédjé, dite « Maman Caï Caï », a franchi un cap judiciaire décisif ce mercredi 7 octobre 2026. Le Procureur national financier du Pôle pénal économique et financier (PPEF) a annoncé l'ouverture d'une information judiciaire contre elle, sa société et plusieurs personnalités connues du grand public, et requis un mandat de dépôt à son encontre.
APAnge Pascal7 octobre 2026⏱ 3 min de lectureLu 21 foisActu People
Selon le communiqué signé par le procureur Aboya K. Jean-Claude, l'enquête fait suite à une soixantaine de plaintes déposées ces dernières semaines auprès des unités de police, relayées et amplifiées par des dénonciations sur les réseaux sociaux (Meta, TikTok), puis centralisées à la Direction de la police économique et financière (DPEF). Les premiers éléments de l'enquête évaluent provisoirement à 320 701 500 francs CFA les sommes perçues par Rita Djédjé Grahon et la société Ivoire Challenge Corporation SARL, auprès de plusieurs personnes à qui des parcelles de terre auraient été proposées à l'achat, alors que ni elle ni sa société n'en seraient propriétaires.
Au terme de l'enquête préliminaire, l'information judiciaire ouverte vise, outre Rita Djédjé et sa société, plusieurs personnalités publiques : Zahibo Jean, alias John Jay (homme de média), Serey Dié Geoffroy (ancien international et ex-capitaine des Éléphants), Adrienne Koutouan (actrice-comédienne), Agbré Stéphane, alias Apoutchou National (artiste-chanteur), Dali Dago Aristide, alias Pantcho le Gatair (artiste-chanteur et acteur), Kouamé Yeelen Virginie, alias Maa Bio, ainsi que Soumahoro Aboubacar, alias Yaka Yaka de Paris, « et autres ». Les qualifications retenues sont lourdes : association de malfaiteurs, escroquerie portant sur du numéraire par appel public à l'épargne, abus de confiance, faux et usage de faux commis dans des documents administratifs, complicité d'escroquerie et blanchiment de capitaux, sur le fondement du code pénal et de l'ordonnance du 23 novembre 2023 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux.
Le parquet précise que c'est « pour faire cesser le trouble exceptionnel et persistant à l'ordre public provoqué par la gravité de l'infraction, et prévenir son renouvellement » qu'un mandat de dépôt a spécifiquement été requis contre Rita Djédjé. Le communiqué ne mentionne pas de mandat de dépôt similaire pour les autres personnes citées, dont le statut procédural précis, mis en examen, témoins assistés ou simples cités, n'est, à ce stade, pas davantage détaillé par le parquet.
Le communiqué revient par ailleurs sur le rôle qu'auraient joué certaines personnalités dans la promotion des projets immobiliers litigieux. Selon le procureur, Rita Djédjé est apparue dans plusieurs vidéos aux côtés d'artistes, de journalistes et de créateurs de contenus, dont certains auraient, en usant de leur notoriété, incité des acquéreurs potentiels à souscrire en les assurant de la viabilité des projets, tandis que d'autres auraient relayé l'existence de ces « projets immobiliers » via des groupes WhatsApp, allant jusqu'à percevoir eux-mêmes des sommes pour le compte de la promotrice.
Cette mise en cause judiciaire de Serey Dié intervient alors que l'ancien capitaine des Éléphants avait publiquement pris ses distances avec Rita Djédjé, fin septembre, affirmant ne l'avoir rencontrée qu'une seule fois et n'avoir jamais entretenu de relation personnelle avec elle. Sa mise en cause par le parquet ne préjuge en rien, à ce stade, de sa responsabilité pénale : comme pour l'ensemble des personnes citées dans ce communiqué, la présomption d'innocence s'applique pleinement tant qu'aucune décision de justice définitive n'a été rendue.
Le Procureur national financier a enfin assorti son communiqué d'une double mise en garde : d'une part, à l'attention du grand public, invité à « plus de prudence dans les opérations d'investissement » dont la promotion se fait sur les réseaux sociaux, en dehors des canaux officiels de publicité ; d'autre part, à l'attention des personnalités connues du grand public, averties contre toute tentation d'user de leur notoriété « à des fins délictuelles ». Le parquet précise que le mode opératoire attribué à Rita Djédjé aurait déjà été observé dans de précédents dossiers d'escroquerie par appel public à l'épargne, dont certains seraient encore pendants devant les juridictions ivoiriennes.
Ce que confirme le communiqué du parquet
- Une soixantaine de plaintes enregistrées, centralisées à la Direction de la police économique et financière (DPEF).
- Préjudice provisoirement évalué à 320 701 500 FCFA.
- Information judiciaire ouverte contre Rita Djédjé, Ivoire Challenge Corporation SARL, et sept autres personnes nommées (dont Serey Dié), « et autres ».
- Mandat de dépôt requis uniquement contre Rita Djédjé, à ce stade.
- Six qualifications pénales retenues, dont association de malfaiteurs et blanchiment de capitaux.
- Enquête toujours en cours pour « situer la responsabilité de chacun des mis en cause », précise le parquet.