L'affaire Katinan Koné, qui agite la scène politique ivoirienne depuis deux semaines, connaît un nouveau développement du côté de la défense. Invitée dans une émission animée par Théophile Kouamouo, l'avocate Roseline Aka-Serikpa a livré sa version des circonstances ayant précédé le placement sous mandat de dépôt de son client, le 11 septembre dernier. « Il n'y a jamais eu d'audition, jamais eu de procès-verbal », a-t-elle affirmé, à propos du passage de Justin Katinan Koné à la préfecture de Police d'Abidjan.
Selon le récit de l'avocate, le 4ᵉ vice-président du Parti des peuples africains – Côte d'Ivoire (PPA-CI) s'était initialement rendu à la préfecture de Police à la suite d'une convocation consécutive à la plainte déposée le 7 septembre par le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), pour des faits de diffamation, d'injures et de diffusion de fausses nouvelles. D'après Me Aka-Serikpa, son client était alors libre de ses mouvements et s'apprêtait à rentrer chez lui, aucune audition formelle n'ayant, selon elle, été conduite ni consignée dans un procès-verbal présenté à la défense. C'est aux alentours de 23 heures-minuit, toujours selon l'avocate, que le préfet de Police lui aurait présenté un courrier du Procureur de la République demandant l'engagement de nouvelles poursuites à l'encontre de Justin Katinan Koné. Un tournant qui a conduit à son maintien, puis à son transfèrement vers la Section antiterroriste du tribunal d'Abidjan.
La défense affirme par ailleurs avoir soulevé, dès le début de la procédure, une question tenant au statut d'ancien membre du gouvernement de son client, qui fut ministre délégué chargé du Budget entre décembre 2010 et mai 2011. Selon Me Aka-Serikpa, cette qualité imposerait l'application d'une procédure pénale spéciale, prévue par une loi de 2005 ainsi que par l'article 693 du Code de procédure pénale ivoirien. Sur cette base, la défense indique avoir exigé du parquet la production d'un arrêt de la Cour de cassation autorisant d'éventuelles poursuites contre Justin Katinan Koné. Document que ni une saisine de la haute juridiction ni une décision d'autorisation n'auraient, selon elle, été présentés à ce jour.

Ces éléments viennent s'ajouter à un dossier déjà scruté de près depuis l'annonce, le 11 septembre, du placement sous mandat de dépôt de l'opposant. Selon le communiqué du procureur de la République près le Tribunal de première instance d'Abidjan, Oumar Braman Koné, une information judiciaire a été ouverte à l'encontre de Justin Katinan Koné pour une dizaine de chefs d'inculpation, parmi lesquels des actes terroristes, un attentat et un complot contre l'autorité de l'État, la participation à un mouvement insurrectionnel, ainsi que des faits liés aux troubles de la période électorale d'octobre 2025. Le parquet avait rattaché cette seconde procédure à un communiqué antérieur, daté du 24 octobre 2025, dans lequel il avait prévenu que les auteurs des violences électorales seraient « recherchés, interpellés et jugés », quelle que soit leur qualité.
Le récit de la défense diffère sensiblement de la version communiquée jusqu'ici par les autorités judiciaires, selon laquelle Justin Katinan Koné avait bien été « entendu » par les enquêteurs de la préfecture de Police, tant sur la plainte du RHDP que sur sa participation présumée aux troubles électoraux, avant d'être placé en garde à vue puis déféré devant la Section antiterroriste. Il convient de souligner que ces déclarations constituent la version de la défense de Justin Katinan Koné et doivent, à ce titre, être distinguées des éléments communiqués précédemment par le parquet. Elles ne préjugent en rien de l'issue de la procédure judiciaire en cours.
Cette nouvelle prise de parole intervient alors que le PPA-CI et plusieurs figures de l'opposition ivoirienne, dont le président du FPI Pascal Affi N'Guessan, continuent de dénoncer une procédure qu'ils jugent disproportionnée, voire, selon les termes employés par la direction du parti de Laurent Gbagbo, relevant d'une « dérive totalitaire » du pouvoir. Le gouvernement, par la voix de son porte-parole Amadou Coulibaly, avait pour sa part rappelé que la plainte à l'origine du dossier relevait de la seule initiative du RHDP.
À ce stade, aucune décision sur le fond ni condamnation n'a été prononcée. L'information judiciaire ouverte contre Justin Katinan Koné suit son cours devant la Section antiterroriste du tribunal d'Abidjan, tandis que la controverse sur la régularité de la procédure, désormais publique, promet d'alimenter les débats juridiques et politiques dans les prochains jours.







