Jeudi 8 octobre, des voitures ont brûlé à Durban et à Soweto, des boutiques tenues par des étrangers ont été pillées, et le lendemain le ministère sud-africain de l'Intérieur a retiré la directive qui avait déclenché la colère. Le texte, publié le 28 septembre selon Newsweek, ordonnait aux bureaux d'accueil des réfugiés d'appliquer une décision de la Cour constitutionnelle sur les demandeurs d'asile. Reuters et l'AFP rapportent que le département reconnaît que ses bureaux ont été submergés en quelques jours.
Ce que disait la Cour, et ce que la directive en a fait
La Cour constitutionnelle avait jugé le 7 juillet que des demandeurs d'asile ne pouvaient pas être écartés du système uniquement pour des raisons de procédure, selon Reuters, par exemple pour être entrés dans le pays de façon irrégulière. Newsweek détaille : le jugement oblige à examiner les demandes même de personnes qui n'ont pas déclaré leur intention de demander l'asile à la frontière, ou ne se sont pas présentées à un bureau d'accueil dans les cinq jours. Le Centre Scalabrini du Cap, dont la Cour a suivi les arguments, estimait qu'un refus pour vice de forme expose à l'expulsion avant que quiconque ait vérifié si la personne risque un préjudice grave. Le ministère défendait l'idée que lever l'exigence affaiblirait la régulation des migrations et l'autorité de l'État sur ses frontières.
Le ministère l'a répété vendredi : la décision ne donne ni statut de réfugié ni résidence permanente automatiquement. Il a présenté sa directive comme une mesure opérationnelle et annoncé, selon l'AFP, qu'il ouvrira un nouveau processus. Il a aussi attribué les troubles à de la désinformation sur la décision de justice, d'après Reuters.
Une nuit de violences
Selon l'AFP, au moins 14 véhicules ont été incendiés à Durban, ainsi qu'un bâtiment municipal, et au moins 10 à Soweto, township de Johannesburg, où de petites épiceries ont été pillées. Newsweek parle d'au moins 24 véhicules au total. À Durban, trois étrangers ont été arrêtés, soupçonnés d'avoir agressé un manifestant sud-africain. Le porte-parole de la police du KwaZulu-Natal, Robert Netshiunda, a dit à la SABC, d'après Newsweek, que cette victime avait eu la nuque brisée.
À Soweto, le dirigeant communautaire Tshepo Mposula a raconté à Newsweek que la manifestation devant les bureaux de l'Intérieur avait commencé pacifiquement avant de dégénérer quand des manifestants ont voulu faire fermer des commerces tenus par des étrangers. Il affirme que des étrangers ont tiré des coups de feu. La police locale, par la voix de Xolani Fihla, a confirmé qu'un tir avait été signalé. Vendredi, Puleng Dimpane, haut responsable de la police, a déclaré à Soweto que le calme était revenu, et Robert Netshiunda a dit à Durban que la situation s'était stabilisée.
Des Africains en fuite
L'AFP écrit que des dizaines de milliers d'Africains ont quitté l'Afrique du Sud, les plus nombreux étant des Zimbabwéens et des Malawiens. Des ressortissants du Ghana, du Kenya, du Lesotho, du Mozambique, du Nigeria et de l'Ouganda sont aussi partis, certains rapatriés par leurs gouvernements, ce qui a tendu les relations avec Pretoria. Reuters, de son côté, évoque des milliers d'étrangers contraints de partir.
Au moins quatre étrangers ont été tués dans les violences plus tôt cette année, selon la police citée par l'AFP. Des gouvernements africains parlent d'un bilan plus lourd. Bihh Mutombo, Congolais de la République démocratique du Congo installé depuis douze ans en Afrique du Sud, a confié à GroundUp : « I don't know if there's anyone left there », à propos de sa famille restée au pays, dans un pays en guerre depuis trente ans environ.
Le calendrier électoral pèse sur le climat : des élections locales sont prévues le 4 novembre, et le chômage dépasse 30 %, notent l'AFP et le Rio Times. Reuters rappelle que les migrants sont souvent accusés du chômage et de la pression sur les services publics, des accusations que les chercheurs en sciences sociales disent non étayées.









