Des tas de gravats. C'est tout ce qui reste du quartier Zimbabwe, une vingtaine d'hectares à proximité du Port autonome d'Abidjan, dans la commune de Port-Bouët. Quatre mois après sa démolition, ses anciens habitants disent toujours attendre l'accompagnement des autorités, rapporte RFI.
« On ne payait pas de loyer »
Le district autonome d'Abidjan avait mené l'opération début juin en évoquant, notamment, « des risques sanitaires et sécuritaires », selon RFI. Des milliers d'habitants avaient dû partir. Jeune Afrique avance un chiffre plus élevé, plus de 30 000 personnes laissées sans toit ni relogement immédiat, dans un article d'archive dont seul le chapô est accessible.
Aissata Kouyaté vivait à Zimbabwe depuis près de trente ans. « On ne payait pas de loyer. Mon mari avait un petit local où on vivait. Là, on a été obligé de partir et de louer un trois chambres-salon pour pouvoir y habiter », raconte-t-elle à RFI. Faute de logement près de son ancien quartier, la famille s'est installée à Anyama, à plus d'une heure de route. « Les prix y sont exorbitants. »
Ceux qui n'ont pas de quoi louer se replient chez des proches. Daniel, qui travaillait au centre de santé du quartier, héberge sa famille chez un parent. « Pour l'instant, c'est assez difficile, mais nous essayons de cohabiter dans la paix avec eux. »
Un collectif dénonce l'abandon
Dimanche, face à la presse et en présence de plusieurs familles, les responsables du collectif des déguerpis ont dressé le même constat. Son président, Saïdou Traoré : « Nous sommes laissés pour compte. Nous avons des problèmes de logement. Nos enfants qui allaient à l'école, eh bien certains n'y vont plus. C'est vraiment difficile. Il faut que l'État se penche sur cette population sinistrée et nous trouve un moyen de recasement. »
Un mois après la démolition, le gouvernement avait annoncé la construction de 12 000 logements à loyers modérés, à Songon et sur l'autoroute du Nord, pour les populations touchées par les déguerpissements. RFI ne dit pas où en sont ces chantiers, et les déguerpis affirment n'avoir rien reçu.
Koumassi, l'enquête qui rattrape le district
L'affaire de Zimbabwe n'est pas isolée. RFI rappelle que les investigations se poursuivent sur les démolitions de Koumassi Campement, survenues à la même période.
C'est là que Jeune Afrique place un nouveau développement. Le magazine rappelle que le chef de l'État, Alassane Ouattara, avait promis en août, au sujet des déguerpissements menés « en dehors du cadre légal, notamment à Koumassi », que « toutes les responsabilités seront établies et sanctionnées conformément à la loi ». Deux mois plus tard, écrit Jeune Afrique, la justice s'intéresse au degré d'implication d'Ibrahim Cissé Bacongo, ministre-gouverneur du district d'Abidjan et responsable du parti présidentiel. Le reste de l'article est réservé aux abonnés, et nous ne pouvons rien affirmer de plus sur la nature de cette implication.
Jeune Afrique évoque aussi, dans des articles liés, une tension entre le ministre-gouverneur et le maire de Port-Bouët, qui se pose en protecteur des habitants. Il s'agit là d'éléments de présentation, non vérifiés ici.
Ce qu'il reste à établir
À ce stade, deux choses sont sûres : un quartier a été rasé, et ceux qui y vivaient ne se sentent pas pris en charge. Le reste dépend de réponses que nous n'avons pas : celle du district, celle de la justice, celle du gouvernement sur ses 12 000 logements. Ces réponses diront si les promesses faites sur Zimbabwe et sur Koumassi se tiendront.







