Abidjan4AllL'info pour tous les Ivoiriens · partout dans le monde
ActualitéMigrations

États-Unis : libéré après quatorze mois en Eswatini, Phone Chomsavanh incarne les expulsions vers des pays tiers

Ce Laotien de 45 ans, élevé aux États-Unis, a quitté dimanche la prison de haute sécurité de Matsapha. Il était l'un des cinq expulsés envoyés en Eswatini en juillet 2025. Environ 500 personnes ont été renvoyées vers des pays africains qui ne sont pas les leurs, selon des ONG citées par l'AP.

JGJunior Gnapié6 octobre 2026⏱ 3 min de lectureLu 8 foisActualité
États-Unis : libéré après quatorze mois en Eswatini
📷 Illustration : États-Unis : libéré après quatorze mois en Eswatini © Abidjan4all
Il a quitté dimanche la prison de haute sécurité de Matsapha, en Eswatini, après plus de quatorze mois sans charge retenue contre lui. Lundi 5 octobre, Phone Chomsavanh attendait à l'aéroport de Johannesburg les papiers qui lui permettront de gagner le Laos, un pays qu'il ne connaît presque pas.

Un homme qui avait déjà purgé sa peine

Phone Chomsavanh, 45 ans, a été condamné aux États-Unis et y avait déjà purgé sa peine, rapporte RFI. Selon son avocat américain, Tin Thanh Nguyen, cité par l'Associated Press, il avait été condamné pour des crimes graves, comme les quatre autres hommes envoyés avec lui en Eswatini en juillet 2025. Tous étaient arrivés dans un avion-cargo militaire, et il n'a été informé de sa destination que peu avant l'atterrissage.
« Il avait déjà purgé sa peine. À la place, ils l'ont mis dans un avion sans lui dire où il allait et l'ont laissé dans une prison d'un pays dont il n'avait jamais entendu parler, où personne ne l'a jamais accusé de rien », a déclaré l'avocat, d'après l'AP. « Pas de notification, pas d'audience, aucune possibilité de contester. Ce n'est pas une procédure régulière, quelle que soit la définition. »
Phone Chomsavanh est né dans un camp de réfugiés en Thaïlande, après la fuite de ses parents du Laos, et la famille s'est installée aux États-Unis quand il avait sept ans. Il a grandi là-bas. Il dit à RFI qu'il avait accepté dès 2015 d'être renvoyé au Laos et que, selon lui, Washington n'a même pas contacté Vientiane avant de l'envoyer en Eswatini. « C'est comme s'ils m'avaient puni », dit-il. « Je ne suis plus sûr de rien désormais. »

Le prix d'un accord

L'Eswatini, dernière monarchie absolue d'Afrique, a reçu 5,1 millions de dollars de l'administration Trump pour accueillir des expulsés, d'après l'accord cité par l'AP. Une trentaine de personnes y ont été envoyées jusqu'ici. Un porte-parole du gouvernement eswatinien n'avait pas reconnu la libération au moment de la dépêche.
Phone Chomsavanh est l'un des visages d'un programme que l'ONU juge contraire au droit international, selon RFI. L'AP, citant les organisations Human Rights First et Refugees International, estime à environ 500 le nombre de personnes expulsées des États-Unis vers des pays africains qui ne sont pas les leurs depuis le début du programme, l'an dernier. Une douzaine d'États africains en ont accueilli, certains contre des paiements de plusieurs millions de dollars.

Une bataille judiciaire qui se poursuit

Les juges américains ne sont pas d'accord entre eux. D'après l'AP, une cour d'appel a confirmé le mois dernier la décision d'un juge de suspendre le programme, faute de laisser aux personnes concernées le temps de contester leur expulsion vers un pays tiers si elles craignent la persécution ou la torture. La Cour suprême a ensuite décidé, la semaine dernière, de laisser temporairement l'administration continuer d'expulser rapidement vers des pays tiers. Elle entendra les arguments en décembre.
L'administration Trump défend la politique comme un moyen d'éloigner vite des étrangers sous le coup d'un ordre d'expulsion définitif quand leur pays d'origine tarde à les reprendre. Les défenseurs des droits dénoncent des personnes maintenues dans des pays sans lien avec elles et sans inculpation. L'AP note que le programme s'est déroulé largement dans le secret.

Et maintenant ?

Phone Chomsavanh compte rebâtir sa vie au Laos avec l'appui d'un oncle qu'il n'a jamais rencontré. « Il va falloir que je m'habitue à la vie là-bas, que je m'adapte, et puis que j'essaie de trouver un travail. Ça va être difficile. C'est vraiment ce qui me préoccupe », confie-t-il à RFI.
Pour les lecteurs d'Abidjan4All, ce dossier dépasse le sort d'un homme. Il montre jusqu'où Washington est prêt à aller pour faire de pays africains des points de chute, et à quel prix. Les textes lus ne disent pas si des pays d'Afrique de l'Ouest figurent parmi la douzaine concernée, et c'est précisément ce que la rédaction devra aller vérifier.
États-UnisEswatiniexpulsionsmigrantspays tiersTrumpLaosAfrique
Commentaires (0)

Connectez-vous pour rejoindre la discussion — les commentaires sont modérés.