Tout est parti de la rentrée de septembre, mais c'est le 1er octobre que la mobilisation a basculé dans une autre dimension. Ce jeudi, baptisé « acte 2 » par les organisations lycéennes, a vu plus de 900 actions et blocages recensés à travers le pays, pour environ un millier d'établissements concernés selon les décomptes disponibles. Dans la matinée, les autorités policières dénombraient déjà plusieurs centaines d'actions en cours devant des lycées, avant que le bilan ne s'alourdisse au fil de la journée.
Sur le fond, les revendications sont restées constantes depuis le début du mouvement : les lycéens, soutenus par l'Union syndicale lycéenne (USL) puis rejoints par des organisations étudiantes et plusieurs syndicats enseignants (SNES-FSU, CGT Éduc'action, SUD éducation, FNEC-FP Force ouvrière), dénoncent le manque de moyens alloués à leurs établissements, l'insécurité de certains bâtiments scolaires et une pénurie d'enseignants jugée préoccupante. Un mot d'ordre a particulièrement circulé sur les pancartes, à Lille comme ailleurs : « We want BAC, not the BAC », clin d'œil amer entre le diplôme du baccalauréat et la Brigade anti-criminalité, dont la présence a été dénoncée par plusieurs cortèges lycéens.
Le mouvement s'est accompagné de scènes de tension marquées dans plusieurs villes. À Paris, des poubelles ont été incendiées devant les lycées Henri-IV et Lamartine ; des gaz lacrymogènes ont été utilisés par les forces de l'ordre à Lille ; des abribus ont été endommagés à Toulouse ; des débris calcinés ont été relevés devant le lycée Blaise-Pascal à Rouen ; un face-à-face tendu a également été rapporté à Perpignan. En Seine-Saint-Denis, les élèves du lycée Paul-Éluard à Saint-Denis en étaient, au 1er octobre, à leur troisième journée consécutive de mobilisation, rejoints par des centaines de lycéens venus notamment du lycée Bartholdi. Selon les bilans rapportés par la presse française, le mouvement aurait donné lieu à près de 2 000 interpellations depuis son déclenchement.
Face à l'ampleur de la contestation, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a reçu vendredi 2 octobre les organisations lycéennes et étudiantes. Mais la rencontre n'a débouché, selon les organisations elles-mêmes, sur aucune « mesure concrète ». À l'issue de cet échange, l'USL, par la voix de son président Ryad Rani, a appelé à poursuivre la mobilisation et à rejoindre un « acte III » prévu ce mardi 6 octobre, cette fois avec le renfort annoncé de la CGT et de Solidaires pour une journée de grève et de manifestation nationale. Une manifestation a notamment été déclarée à Paris, place de la République, à 14 heures.
Le mouvement, parti de l'Hexagone, a par ailleurs commencé à essaimer au-delà des frontières françaises : plusieurs établissements scolaires de la ville belge de Liège ont rejoint ponctuellement le mouvement de blocage à partir du 1er octobre. En France, le débat s'est également politisé, certains commentateurs évoquant une influence de mouvances d'ultragauche dans l'organisation de certains blocages, tandis que des organisations syndicales de magistrats ont, de leur côté, publiquement dénoncé ce qu'elles considèrent comme une volonté de réprimer la jeunesse mobilisée. À quelques jours de l'« acte III », le bras de fer entre le gouvernement et une partie de la jeunesse scolarisée française ne montre, pour l'heure, aucun signe d'apaisement.







