Trois jours de débats, puis une liste. Les premières Journées foncières d'Abidjan (JFA) se sont closes mercredi 7 octobre au Parc des expositions de Port-Bouët, avec sept recommandations adoptées par les participants : ministres, experts, partenaires techniques et financiers, représentants de la société civile et professionnels du secteur. La clôture était présidée par Bruno Nabagné Koné, ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières.
Le sujet n'a rien d'abstrait en Côte d'Ivoire. Chaque semaine ou presque, un conflit de terrain, une vente contestée ou un litige entre familles occupe les tribunaux et les réseaux sociaux. Le foncier touche à la fois l'agriculture, l'investissement, la paix sociale et, de plus en plus, la diaspora, souvent visée par des ventes de parcelles mal régularisées. Qu'un rendez-vous régional lui soit consacré, avec la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) et l'Agence française de développement (AFD) cités parmi les partenaires qui ont appuyé la tenue des assises, dit l'importance du dossier.
Ce que recommandent les participants
Le texte final tient en sept points. Le premier appelle à mutualiser les expériences nationales pour aboutir à un cadre réglementaire harmonisé, transparent et sécurisé, de nature à rassurer les investisseurs. Le deuxième demande aux pays de partager leurs bonnes pratiques, avec une gouvernance qui protège les ressources naturelles et contribue à la lutte contre le changement climatique.
Le troisième point concerne ceux qui ne sont pas l'État : société civile et secteur privé doivent, selon les participants, avoir une place plus nette dans la conception, la mise en œuvre et le suivi des politiques foncières. Le quatrième privilégie le dialogue et la médiation pour régler les conflits, présentés comme des leviers de cohésion sociale plutôt que la seule voie judiciaire.
Viennent ensuite la question de l'argent et celle de l'avenir de l'événement. Le cinquième point réclame un financement adéquat des politiques foncières, condition, disent les recommandations, de la concrétisation et de la pérennité des réformes. Le sixième souhaite que les JFA deviennent un rendez-vous régional et international de référence. Le septième, enfin, invite à voir dans la gouvernance foncière un levier de paix, de cohésion sociale, d'investissement, d'emplois, de développement durable et de prospérité partagée.
« Une étape importante », mais pas une garantie
Dans son discours de clôture, Bruno Nabagné Koné a estimé que ces journées « marquent ainsi une étape importante dans la construction de réponses durables aux défis fonciers de nos pays ». Il a aussi souhaité que les liens noués pendant les trois jours constituent « un fondement solide dans la construction de notre œuvre commune ».
Le ministre n'a pas caché où se situe la difficulté. La mise en œuvre des recommandations, a-t-il dit en substance, relève « en premier lieu » de la responsabilité des gouvernements respectifs. Il a présenté leur adoption comme une première étape et a invité ses homologues chargés du foncier à porter ce plaidoyer chez eux.
C'est là que le bilan se jouera. Une recommandation n'a pas de force obligatoire : elle vaut ce que les États acceptent d'en faire. Plusieurs des points adoptés (harmonisation réglementaire, financement, rôle des acteurs non étatiques) supposent des arbitrages budgétaires et des réformes de fond, pas seulement des déclarations d'intention. Le texte, tel que rapporté, ne fixe ni calendrier, ni mécanisme de suivi, ni chiffre de financement.
Ce que l'on ignore encore
Les informations disponibles laissent plusieurs questions ouvertes. L'organisateur principal de ces premières JFA n'est pas nommé dans l'article consulté. On ne sait pas non plus combien de pays ont pris part aux travaux, ni quels engagements concrets la Côte d'Ivoire compte prendre sur son propre territoire, par exemple sur la sécurisation des titres ou le traitement des litiges en cours.
Pour les lecteurs d'Abidjan4All, l'enjeu est très pratique. Un cadre plus lisible et plus sûr pour les transactions réduirait les risques d'arnaque, notamment pour les Ivoiriens de l'étranger qui achètent à distance. Mais rien, dans les recommandations rapportées, ne cible explicitement ce public.
On retiendra donc une première édition qui a réussi à réunir du monde et à produire un document commun, ce qui n'est pas rien dans un domaine où les intérêts divergent. Reste à voir si une seconde édition, que les participants appellent de leurs vœux en demandant l'institutionnalisation des JFA, viendra mesurer ce qui aura changé entre-temps. C'est à ce moment, et pas à la clôture, que le bilan pourra se faire.
Sources : FratMat, « Journées foncières d'Abidjan : sept recommandations pour une gouvernance durable » (10 octobre 2026).









