Pour son « acte 5 », la mobilisation lycéenne a de nouveau rempli les rues de France, ce mardi 13 octobre 2026. Les organisations de jeunesse revendiquent 480 000 manifestants, le ministère de l'Intérieur en compte 161 500. À Paris, le cortège a laissé place en fin de journée à des tensions, dans un mouvement qui dure depuis la mi-septembre et dont le bilan humain ne cesse de s'alourdir.
La journée avait été préparée de longue date. Après plusieurs jours de blocages dans les lycées et un appel à la grève dans l'Éducation nationale et l'enseignement supérieur, lycéens, étudiants et enseignants avaient rendez-vous dans plusieurs villes, avec un rassemblement central à Paris. Des manifestants ont notamment défilé devant l'Hôtel des Invalides.
En fin d'après-midi, l'ambiance a changé. Place Vauban, des images diffusées par plusieurs comptes montrent un usage du canon à eau et de gaz lacrymogènes, ainsi qu'une voiture en feu à proximité. Le ministère de l'Intérieur a lui-même reconnu un bilan lourd pour les forces de l'ordre : il s'agit, dit-il, du deuxième bilan quotidien le plus élevé pour les membres du personnel depuis le début du mouvement, après celui du 1er octobre. Dans le sud du pays, Le Figaro recense près de 1 000 interpellations liées aux violences, concernant principalement des mineurs.
Les chiffres cumulés donnent la mesure de la crise. Depuis le début de la contestation, plus de 200 lycéens ont été blessés, ainsi que plus de 800 policiers et gendarmes. Selon le dernier bilan judiciaire, communiqué vendredi 9 octobre par le ministère de la Justice, plus de 6 800 personnes, dont 86 % de mineurs, ont été placées en garde à vue.
Le mouvement est né d'un malaise dans les établissements : manque de moyens, bâtiments jugés peu sûrs, pénurie d'enseignants. Il s'est étendu au fil des semaines. Lors de l'« acte 3 », le 6 octobre, il avait gagné des universités franciliennes, dont Paris 1, Paris 8, Paris Cité et Nanterre, tandis que plusieurs lycées parisiens réputés étaient touchés. Une organisation agricole avait même appelé les agriculteurs à rejoindre les blocages en tracteur. Une rencontre entre les organisations de jeunesse et le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, le 2 octobre, n'avait abouti à aucune mesure concrète, selon les organisations elles-mêmes.
Deux lectures s'affrontent. Les organisations lycéennes et étudiantes présentent la mobilisation comme l'expression d'une jeunesse qui réclame de meilleures conditions d'étude, et plusieurs organisations dénoncent la répression policière. Le ministère de l'Intérieur, lui, met en avant le nombre de blessés parmi les policiers et gendarmes. L'écart entre les chiffres de participation, de un à trois, donne à lui seul une idée de la distance entre les deux camps.
Reste à savoir comment le gouvernement répondra à une mobilisation qui, après cinq journées nationales, ne faiblit pas.









