Les installations visées appartiennent à Oxy Park II, l'un des volets de la Promenade lagunaire aménagée par la municipalité entre les ponts Félix-Houphouët-Boigny et Général-de-Gaulle, dans le cadre de son projet « Smart Plateau ». Selon la mairie, ce site de 1 920 m², qui devait notamment accueillir un food court de douze box de restauration, était réalisé à environ 90 % lorsque les engins du District sont intervenus, de nuit et sans concertation préalable avec la commune. La municipalité chiffre le préjudice à au moins 359,5 millions de francs CFA pour la seule partie détruite, et évoque jusqu'à 1,2 milliard de francs CFA d'investissements menacés sur l'ensemble du site.
Dans un communiqué daté du 14 septembre, le Conseil municipal du Plateau dit avoir appris la démolition « avec indignation », la qualifiant d'« action unilatérale ». La mairie affirme pourtant avoir, en amont, engagé ses propres démarches d'assainissement du site, notamment auprès du ministère des Transports et de la société Aqualines, et assure qu'un échange avait eu lieu le 10 septembre avec un responsable du District, sans qu'aucune démolition n'ait alors été annoncée. Sur le fond, la municipalité conteste au District toute autorité de tutelle sur les communes, et rappelle un précédent : la destruction, déjà nocturne et sans concertation, d'un espace aménagé par la mairie face à la cathédrale Saint-Paul en 2021.
Réuni en session le 23 septembre, le Conseil municipal a formellement dénoncé l'opération et annoncé la transmission de sa protestation au ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, au ministre-gouverneur du District autonome d'Abidjan, au préfet d'Abidjan ainsi qu'à la direction générale de la Décentralisation et du Développement local. Le lendemain, lors d'une conférence de presse, le député-maire du Plateau, Jacques Gabriel Ehouo, a appelé au dialogue entre collectivités tout en n'excluant pas de « probables suites judiciaires ». Sollicité sur le dossier, l'avocat Claver N'dry a de son côté plaidé pour que la force reste « loin de nos administrations », insistant sur la nécessité de protéger les investissements publics réalisés par les collectivités locales.
Au-delà du cas d'Oxy Park II, c'est la question du partage des compétences entre le District autonome d'Abidjan et les communes qui ressurgit, un différend déjà observé dans d'autres dossiers, comme celui du campement de Koumassi. Pour l'heure, aucune des deux collectivités n'a rendu publique de solution concrète : la mairie du Plateau réclame l'arrêt des démolitions et une réparation du préjudice subi, tandis que le District affiche sa volonté de poursuivre son propre projet d'aménagement de la berge. De quoi laisser planer, à quelques semaines de la rentrée politique locale, une incertitude sur l'avenir de ce qui reste des aménagements de la Promenade lagunaire.
Du côté du District autonome d'Abidjan, l'intervention n'est pas présentée comme une offensive contre la mairie, mais comme une opération de remise en ordre de la berge lagunaire, destinée à débarrasser le secteur d'installations jugées irrégulières avant la mise en œuvre d'un projet de réaménagement plus vaste. Dans une note publiée le 29 septembre, le District a ainsi annoncé un « projet structurant » pour l'ensemble de la berge lagunaire du Plateau, visant à en renforcer la sécurité et l'attractivité tout en préservant l'environnement du site.







