Il aura fallu à peine trois jours pour que la pause tourne court. Dans la nuit de mercredi à jeudi 15 octobre, des drones ukrainiens ont frappé la raffinerie de la région de Riazan, à environ 300 kilomètres au sud-est de Moscou, provoquant un incendie. Le gouverneur régional, Pavel Malkov, l'a confirmé sur Telegram, précisant que les dégâts matériels étaient en cours d'évaluation et que les secours étaient sur place.
Deux versions sur l'origine du feu
Moscou et Kiev ne racontent pas la scène de la même façon. Le ministère russe de la Défense affirme que le « régime de Kiev » a tenté une attaque massive et que la chute de débris de drones sur le site a déclenché le sinistre. Côté ukrainien, un haut responsable, resté anonyme, a confirmé l'opération, selon la presse. Les sources consultées ne donnent pas, à ce stade, de bilan humain ni d'estimation fiable des dégâts. Un média local cité par un site d'information fait état de 39 écoles et crèches fermées dans la région, une information que nous n'avons pas pu recouper.
Le site visé appartient au groupe public Rosneft. C'est l'une des plus grandes raffineries du pays : des sources spécialisées avancent une capacité d'environ 17 millions de tonnes de brut par an, quand les chiffres historiques disponibles en situent la production autour de 15 millions de tonnes. La cible n'est pas nouvelle. Elle avait déjà été touchée en 2024, puis plusieurs fois en 2026, dont en mai.
La trêve énergétique de Trump dure trois jours
Le contexte politique pèse autant que l'attaque elle-même. Dimanche 11 octobre, le président américain Donald Trump avait demandé aux deux camps de suspendre les frappes contre les infrastructures énergétiques. Selon Kiev, l'Ukraine s'est abstenue de viser des installations énergétiques russes pendant trois jours. Mais, affirme Volodymyr Zelensky, la Russie a continué de frapper le réseau électrique et les dépôts de carburant ukrainiens.
Dans un entretien au Financial Times publié jeudi, le président ukrainien a levé l'interdit : le verrou est sauté, a-t-il dit en substance, et son pays en a assez. Interrogé sur une éventuelle trêve durable, il a répondu qu'il n'y consentirait qu'en échange de davantage d'intercepteurs Patriot de fabrication américaine, ce qu'il qualifie de « minimum ».
Mercredi, des frappes russes ont fait au moins quinze morts en Ukraine, dont six à Loutsk, dans l'Ouest, selon les autorités locales citées par franceinfo. Ces chiffres alimentent l'argument de Kiev : une pause à sens unique n'a pas de sens.
Une stratégie assumée, des coûts qui s'accumulent
Depuis le début de l'année, l'Ukraine multiplie les attaques de longue portée contre l'appareil pétrolier russe. Le but est de réduire les capacités de raffinage, de priver l'armée de carburant et de tarir une source de revenus de l'État. Ces opérations ont aussi un coût écologique : à Tuapse, dans le sud, les frappes d'avril ont déclenché des incendies durables et des pluies noires, selon les informations rassemblées sur le sujet.
Pour Washington, l'enjeu est ailleurs. L'administration américaine cherche à calmer le jeu sur les marchés de l'énergie et à ouvrir un espace de négociation. L'épisode de cette semaine montre combien cette ambition reste fragile.









