La première cargaison est arrivée à la douane de Shenzhen tôt le matin du 1er mai : 24 tonnes de pommes sud-africaines, selon l'agence Xinhua. Elle ouvrait officiellement le régime de traitement tarifaire zéro que la Chine applique désormais aux importations de 53 pays africains. Cinq mois plus tard, Pékin met des chiffres sur la mesure, et ses conditions d'accès se révèlent plus étroites que le slogan.
Ce que dit la mesure
Les 33 pays africains classés parmi les moins avancés bénéficiaient déjà, depuis le 1er décembre 2024, d'un taux nul sur 100 % des lignes tarifaires. Depuis le 1er mai 2026 et jusqu'au 30 avril 2028, 20 autres pays, ceux qui ne sont pas dans cette catégorie, y ont droit sous la forme de tarifs préférentiels (Xinhua, Guineenews). La mesure concerne les pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec la Chine. France-Épargne précise que l'Eswatini reste exclu à cause de sa reconnaissance de Taïwan.
Xinhua présente la Chine comme la première grande économie à accorder unilatéralement cette exemption sans exiger de réciprocité. C'est le récit de l'agence d'État chinoise. Le président de la Commission de l'Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a lui-même salué un geste « très opportun », selon la même agence.
Les premiers chiffres
Lors d'un échange avec des journalistes africains à Pékin, le 19 août, Zhang Xiaohui, de l'Administration générale des douanes chinoises, a annoncé 193,8 milliards de yuans d'importations africaines pour mai et juin 2026, en hausse de 23,5 % sur un an (Guineenews). Les produits aquatiques et les matières premières textiles ont progressé de plus de dix points. Les importations d'avocats ont augmenté de 130 %. Les échanges sino-africains ont atteint 348,81 milliards de dollars en 2025 et 203,65 milliards au premier semestre 2026, tous deux des records, d'après les mêmes douanes.
Le tableau a une face moins flatteuse. France-Épargne indique que les exportations chinoises vers l'Afrique ont atteint 225 milliards de dollars en 2025 contre 123 milliards dans l'autre sens, soit un déficit africain de 102 milliards de dollars. Selon ce site, après la première extension de décembre 2024, les exportations africaines de café vers la Chine ont bondi de 70,4 % et celles de cacao de 56,8 %. Ces chiffres n'ont pu être recoupés ici.
« Zéro droit » ne veut pas dire zéro formalité
Pour les exportateurs, la suppression des droits ne remplace pas les règles chinoises d'accès au marché, rappelle Guineenews. Le produit doit être reconnu comme originaire du pays bénéficiaire, et l'importateur doit présenter les justificatifs, dont le certificat d'origine. Pour les marchandises soumises à des quotas, le taux nul ne s'applique qu'aux quantités importées dans le contingent. Au-delà, le tarif habituel reste en vigueur.
Pékin dit aussi vouloir réduire les obstacles sanitaires et phytosanitaires, avec la modernisation d'un « corridor vert » pour les produits agricoles et alimentaires africains. Le même texte cite des cas concrets : le café vert kényan, auparavant taxé à 8 %, entre à taux zéro, de même que des peaux de chèvre nigérianes, taxées à 10 % avant la mesure.
Et la Côte d'Ivoire ?
Dans une tribune publiée par AllAfrica, l'agroéconomiste Randolphe Kichiedou écrit que la Côte d'Ivoire est le premier partenaire commercial de la Chine en Afrique de l'Ouest, avec environ 5 milliards de dollars d'échanges en 2024. Il y voit un avantage compétitif pour le cacao, l'anacarde, le café, les fruits tropicaux et les produits halieutiques. Il avertit : « l'enjeu principal n'est pas tant tarifaire que technique ». Le marché chinois est strictement encadré par l'administration des douanes, avec des exigences en matière de qualité, de sécurité sanitaire et de traçabilité.
C'est une opinion, et elle est cohérente avec ce que disent les autres textes. Elle souligne aussi ce qui manque : aucun chiffre ivoirien pour mai et juin n'a pu être trouvé. Yun Sun, de la Brookings Institution, citée par France-Épargne, avance que l'accès en franchise ne change pas à lui seul la structure déséquilibrée des échanges. Pour un exportateur d'Abidjan, la question pratique est donc moins « la Chine est-elle ouverte ? » que « mon lot passera-t-il le contrôle de Pékin ? ».







