Un coup de pelle symbolique, des casques de chantier et plusieurs chefs d'État. La construction de la méga-raffinerie du groupe nigérian Dangote a été lancée mercredi 30 septembre dans le port de Lamu, sur la côte nord-est du Kenya. Parmi les invités, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le président kényan William Ruto, selon RFI. L'ouvrage vise 700 000 barils de brut traités par jour, d'ici 2030 d'après RFI, et doit être achevé en 30 mois, selon France 24, qui chiffre l'investissement à 16 milliards de dollars.
Une cérémonie à côté du vrai site
Le lieu de la cérémonie est lui-même un symbole. Elle s'est tenue dans l'enceinte du port de Lamu, au bord de l'océan Indien, alors que la raffinerie doit en réalité être bâtie juste à côté, précise RFI. Les engins de chantier étaient arrivés la semaine précédente.
Aliko Dangote y a vu un moment historique. « C'est l'Afrique qui se rassemble pour construire l'Afrique », a-t-il déclaré, en insistant sur la nécessité d'industrialiser le continent et de transformer ses ressources sur place. William Ruto a applaudi un « investissement qui va changer l'économie du Kenya », en promettant des emplois, des industries dérivées et des retombées locales. Le président kényan a ajouté que la raffinerie devra servir aussi les pays voisins en réduisant leur dépendance aux importations de carburants.
Ce que promet le projet
D'après RFI, le projet pourrait constituer l'investissement privé le plus important qu'ait connu le Kenya, qui espère devenir une porte d'entrée pour le marché pétrolier d'Afrique de l'Est. Aliko Dangote prévoit 60 000 emplois directs et indirects autour de Lamu. Le chantier inclut des usines de dessalement et de recyclage de l'eau, ainsi qu'une centrale électrique dédiée de 1 000 mégawatts, car l'installation aura besoin de brut, de combustibles, d'eau et d'électricité en continu.
Le brut doit arriver principalement par le port en eaux profondes de Lamu, dans la baie de Manda, en service depuis mai 2021. Ici se glisse le point faible du dossier. À partir de mi-décembre, le Kenya doit lancer une production commerciale de pétrole dans le bassin de South Lokichar, mais les objectifs annoncés, entre 20 000 et 50 000 barils par jour à terme, sont très modestes au regard des capacités de la raffinerie, souligne RFI. Le reste devra être importé. Les gisements ougandais et tanzaniens intéressent aussi Aliko Dangote. Le projet pourrait enfin relancer le corridor Lamu-Soudan du Sud-Éthiopie (LAPSSET), destiné à faire du nord du Kenya une porte d'entrée commerciale vers la Corne de l'Afrique.
En clair, l'« autosuffisance pétrolière » avancée dans l'intitulé de France 24 repose pour l'instant sur du brut qui ne se trouve pas encore au Kenya.
Un recours qui ne disparaît pas
Le lancement n'a pas fait taire les opposants. Le projet est visé par un recours en justice : des habitants de Lamu affirment, selon RFI, que les terres où vivent leurs familles sont menacées par plusieurs projets de développement, dont la raffinerie. France 24 en chiffre les signataires : 133 membres d'une communauté voisine, qui dénoncent des risques pour l'environnement et des atteintes à leurs droits fonciers et à leur patrimoine ancestral.
Le recours a été évoqué pendant la cérémonie elle-même. Le gouverneur du comté de Lamu, s'adressant en swahili aux habitants, a qualifié les plaignants d'« ennemis de Lamu », rapporte RFI. Aliko Dangote a de son côté affirmé qu'il « n'avait pas peur » de ceux qui ont déposé ce recours.
Une épreuve de crédibilité
Pour le groupe nigérian, l'enjeu dépasse un chantier de plus. Un projet de cette taille se juge sur la durée, sur l'approvisionnement en brut et sur la manière dont il traite ses riverains. Qualifier publiquement des plaignants d'ennemis de la région, devant des chefs d'État, n'est pas le meilleur moyen de régler un dossier judiciaire. La suite dépendra de ce que dira la justice kényane, et de la capacité du promoteur à tenir un calendrier de 30 mois sur un site où tout reste à construire.







