Aucun producteur ne pourra plus vendre son cacao ou son café en dehors du Système national de traçabilité, le SNT. Le message a été porté jeudi 1er octobre 2026 à Gagnoa, lors du lancement régional de la campagne 2026-2027, d'après l'Agence ivoirienne de presse.
Le directeur des statistiques, de l'industrialisation et de la prospective du Conseil du café-cacao, Coulibaly Whatami Vamoussa, représentait le directeur général. Il a expliqué aux acteurs de la filière que le dispositif repose sur trois éléments : la carte du producteur, les terminaux de paiement électronique et les scellés qui garantissent la traçabilité des produits. Toutes les transactions doivent désormais passer par cet outil, a-t-il insisté, et en dehors de lui aucun producteur ne sera en mesure de vendre.
« « Le caractère obligatoire de la carte de producteur et l'ensemble du nouveau dispositif demeurent incontournables et irréversibles. » »
La phrase est de Coulibaly Whatami Vamoussa. Il a invité les producteurs recensés qui n'ont pas encore reçu leur carte, ainsi que ceux qui ne se sont pas encore fait recenser, à se rapprocher de la délégation régionale de Gagnoa.
Ce que la carte promet au planteur
Le Conseil met en avant trois avantages : le respect du prix bord champ, la sécurisation des ventes contre les braquages dans les zones de production, et l'accès aux avantages offerts par l'institution. L'AIP rappelle que le prix du cacao est fixé à 1 200 FCFA le kilogramme et celui du café à 1 300 FCFA. La campagne principale court désormais du 1er septembre au 28 ou 29 février, la campagne intermédiaire du 1er mars au 31 août.
Au lancement de la phase finale du déploiement, en juin, Koaci avait décrit l'objet : une carte dotée d'un QR code, d'un numéro d'identification unique et d'une puce bancaire. Les terminaux enregistrent automatiquement les achats, et les paiements peuvent être versés directement sur les comptes des planteurs. Le directeur général du Conseil avait ajouté un argument social.
« « Les détenteurs de cette carte bénéficieront notamment d'une prise en charge intégrale de leur Couverture maladie universelle. » »
Selon Koaci, plus de 1,1 million de producteurs étaient alors recensés et près de 900 000 cartes distribuées. Reste, pour les autres, à faire la queue chez le délégué régional.
L'Europe en ligne de mire
Pourquoi cette mécanique ? Parce que les pays consommateurs, l'Union européenne en tête, veulent savoir que le cacao qu'ils achètent ne vient pas de zones déforestées, rappelle l'AIP. Le Conseil cite le règlement européen sur la déforestation importée, dont l'entrée en vigueur est prévue le 1er janvier 2027. Selon lui, l'Europe absorbe environ 70 % des exportations ivoiriennes de cacao, et le cacao pèse 15 % du PIB et 40 % des recettes d'exportation du pays.
Autrement dit, la carte du producteur n'est pas une lubie administrative : c'est le billet d'entrée pour le premier marché de la filière. C'est du moins ainsi que l'institution le présente, et ces chiffres sont les siens.
Un syndicat sceptique
Tout le monde n'applaudit pas. Dans les jours précédant le 18 septembre, le président du Syndicat national des producteurs de Côte d'Ivoire, Koné Moussa, a mis en cause la fiabilité et le fonctionnement du système. Le Conseil a répondu par communiqué que le SNT « fonctionne parfaitement » et qu'il « n'aura pas de retour en arrière », en l'érigeant en outil contre les circuits frauduleux de commercialisation.
Les textes consultés ne disent pas quels incidents précis le syndicat reproche au dispositif, ni combien de producteurs attendent encore leur carte au 1er octobre. C'est là que se jouera la campagne : un système obligatoire doit marcher sans faille dès la première semaine, sinon ce sont les planteurs qui paient les retards. À Gagnoa, le Conseil a d'ailleurs demandé aux autorités locales de réactiver les comités locaux de commercialisation intérieure pour suivre les opérations.







