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Tanella Boni : l'Université de Cocody veille sa « femme monde » trois semaines après sa disparition

Les départements de Philosophie et de Lettres modernes de l'Université Félix Houphouët-Boigny organisent ce mercredi 7 octobre une veillée académique en mémoire de la philosophe, poétesse et romancière, morte à Toulouse en septembre. Témoignages, slams et lectures scientifiques sont au programme.

KAKoffi Ange7 octobre 2026⏱ 3 min de lectureLu 22 foisCulture
Tanella Boni, philosophe, poétesse et romancière ivoirienne
📷 Illustration : Tanella Boni, philosophe, poétesse et romancière ivoirienne © Abidjan4all
Ce mercredi soir, sur le campus de Cocody, on ne parlera pas seulement d'une disparue. On parlera d'une manière de penser. Le département de Philosophie et celui de Lettres modernes de l'Université Félix Houphouët-Boigny organisent ce 7 octobre 2026 une veillée académique en hommage pluridisciplinaire au professeur Tanella Boni, philosophe, autrice et poète.
Selon l'Agence ivoirienne de presse, la soirée est placée sous quatre mots : « Savoir, Mémoire, Dialogue et Humanité ». Elle doit rassembler la communauté universitaire, des écrivains, d'anciens étudiants et le grand public. Au programme : des témoignages, des déclamations, des slams et des lectures scientifiques. « Des belles lettres à la philosophie et au monde, venons tous célébrer la mémoire de feu Pr Tanella Boni, surnommée la femme monde », a invité le chef du département de Philosophie, le professeur Decaird Kouadio.

Une disparition annoncée mi-septembre

La nouvelle avait été rendue publique le 18 septembre 2026, et l'information avait été relayée par une note de la Grande Chancellerie de Côte d'Ivoire. Notons qu'elle est morte à Toulouse, en France à l'âge72 ans selon l'AIP. 

Une œuvre qui traverse les genres

Professeure titulaire de philosophie à l'Université de Cocody, Tanella Boni y a dirigé le département de Philosophie et occupé les fonctions de vice-doyenne de l'UFR Lettres, Arts et Sciences humaines. Elle a aussi présidé l'Association des écrivains de Côte d'Ivoire de 1991 à 1997. Poétesse, romancière et essayiste, elle laisse une vingtaine d'ouvrages, dont plusieurs destinés à la jeunesse.
Les distinctions n'ont pas manqué : le prix Ahmadou Kourouma en 2005 pour « Matins de couvre-feu » (remis au Salon du livre de Genève, précise Koaci), le prix international de poésie Antonio Viccaro en 2009 et, en 2025, le prix Tchicaya U Tam'si de la poésie africaine, décerné au Maroc lors du Moussem culturel international d'Assilah. Elle avait été invitée d'honneur de la 13e édition du Salon international du livre d'Abidjan, en mai 2023, et portait chaque année le festival Poeticales, avec le soutien du ministère de la Culture et de la Francophonie. Son investiture à l'Académie du Royaume du Maroc, en 2024, témoignait de son rayonnement bien au-delà de la lagune.
Son dernier livre, « Sans parole ni poignée de main », paru aux Éditions Nimba en 2023, est un polar qui prend pour toile de fond le scandale des déchets toxiques déversés à Abidjan en 2006. Un choix qui dit quelque chose d'elle : une intellectuelle exigeante, mais attachée à ce que la pensée parle de ce qui fait mal à son pays.

Penser sans enfermer

AllAfrica rappelle qu'elle avait lu « La République » de Platon avant même de quitter le collège, quand d'autres de son âge se plongeaient dans les romans sentimentaux. C'est par la philosophie qu'elle est entrée en littérature, et cela se sent dans sa langue : une écriture élégante, qui cherche moins la belle formule que la pensée juste. Cette exigence ne l'a pourtant jamais coupée du grand public. Ses livres pour enfants, comme ses chroniques et ses poèmes, en sont la preuve.
Elle était également membre du Collège international de philosophie à Paris et de l'Académie des arts, des sciences et des cultures d'Afrique et des diasporas africaines, et chevalier de l'Ordre du Mérite culturel ivoirien.

Ce que la veillée dira de son héritage

Une cérémonie universitaire ne remplace pas une politique du livre. Une citation du communiqué ministériel qui vaut engagement : « La pérennisation de ses œuvres sera de notre responsabilité collective. » Reste à savoir comment. Rééditions accessibles, présence de ses textes dans les programmes scolaires, soutien durable à Poeticales : autant de pistes que la soirée de Cocody pourrait faire émerger, et que le monde des lettres ivoirien attendra de voir suivies d'effets.
Pour les étudiants qui l'ont croisée en amphithéâtre comme pour les lecteurs qui l'ont découverte au détour d'un poème, ce mercredi sera d'abord un temps pour dire merci. Il faudra ensuite continuer à la lire.
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