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Affaire Rita Djédjé : derrière les accusations de « terrains fictifs », l'épineuse question des arnaques foncières visant la diaspora

Le secteur foncier ivoirien est secoué depuis plusieurs jours par une affaire qui enflamme TikTok et Facebook : Rita Bénédicte Djédjé, directrice générale de la société Ivoire Challenge Corporation et connue sous le pseudonyme « Maman Caï Caï », est accusée par plusieurs souscripteurs d'avoir vendu des terrains fictifs ou non régularisés, notamment autour de Yamoussoukro et d'Abidjan. L'intéressée rejette fermement ces accusations et annonce vouloir faire valoir son droit de réponse.

APAnge Pascal3 octobre 2026⏱ 4 min de lectureLu 9 foisDiaspora
Affaire Rita Djédjé, derrière les accusations de « terrains fictifs »
📷 Illustration : Affaire Rita Djédjé, derrière les accusations de « terrains fictifs » © Abidjan4all
L'affaire a pris une ampleur virale après la diffusion, sur les réseaux sociaux, de témoignages de plusieurs acheteurs se disant lésés. L'un d'eux, un souscripteur résidant à l'étranger, affirme avoir versé plus de 36 millions de francs CFA (environ 55 000 euros), pour l'acquisition de parcelles, sans jamais être entré en possession des terrains ni avoir reçu de documentation légale conforme. D'autres témoignages évoquent des pertes se chiffrant en dizaines de millions de francs CFA, présentées par les plaignants comme les économies accumulées au fil de plusieurs années de travail, souvent en France ou ailleurs en Europe.
Au cœur des griefs formulés : des documents fonciers jugés non conformes, des lotissements qui n'auraient pas reçu l'approbation du ministère de la Construction, et l'indignation de certains chefs de village, qui contesteraient la légitimité de certaines transactions réalisées sur des terres relevant de leur autorité coutumière. Autant d'éléments qui, s'ils étaient confirmés, s'inscriraient dans un schéma classique d'arnaque foncière déjà documenté par plusieurs juristes ivoiriens spécialisés dans le droit immobilier : vente sur attestation villageoise non suivie d'un Arrêté de Concession Définitive (ACD), seul titre de propriété réellement opposable en Côte d'Ivoire.
Face à la polémique, Rita Djédjé a choisi de prendre la parole plutôt que de se murer dans le silence. « Je reste sur place », a-t-elle fait savoir, rejetant fermement l'idée d'avoir vendu de faux terrains ou escroqué qui que ce soit. Elle affirme rassembler l'ensemble des vidéos et publications diffusées à son encontre afin de les intégrer à son propre dossier, et dit attendre l'occasion de présenter sa version complète des faits.
L'affaire a également rattrapé l'ancien capitaine des Éléphants de Côte d'Ivoire, Serey Dié, aperçu dans une vidéo aux côtés de la promotrice. Dans une mise au point diffusée le 30 septembre, l'ancien international a expliqué n'avoir rencontré Rita Djédjé qu'une seule fois physiquement, après l'avoir seulement vue sur les réseaux sociaux présenter ses activités de vente de terrains. Il affirme avoir réalisé cette vidéo pour « apporter un soutien » à une femme présentée comme entrepreneure, sans avoir jamais entretenu de relation personnelle avec elle. « Ce n'est pas parce que vous voyez quelqu'un avec Serey Dié, ou bien Didier Drogba, ou bien même le président, que ça crédibilise cette personne », a-t-il tenu à préciser.
Cette séquence a ouvert un débat plus large sur la responsabilité des personnalités et influenceurs qui prêtent leur image à ce type d'activité. Interrogé sur le sujet, le juriste ivoirien Blessing a estimé qu'« une photo avec Rita Djédjé ne fait pas automatiquement de vous un complice », tout en nuançant : la situation juridique pourrait être différente pour un influenceur ayant activement assuré la promotion de l'activité auprès de ses abonnés, en affirmant par exemple que les parcelles étaient disponibles et fiables. Une telle garantie, si elle s'avérait fausse, pourrait selon lui engager la responsabilité de son auteur au regard du droit de la publicité trompeuse en Côte d'Ivoire.
Au-delà du nom de Rita Djédjé, cette affaire relance un débat récurrent sur la sécurisation des investissements fonciers à distance, un sujet particulièrement sensible pour la diaspora ivoirienne, souvent ciblée par des promoteurs présents sur les réseaux sociaux. Une vidéo bien réalisée ne prouve pas la propriété d'un terrain ; une photographie devant une parcelle ne constitue pas un titre ; une page suivie par des milliers de personnes ne remplace pas les autorisations administratives nécessaires. Autant de rappels qui prennent, à la lumière de cette affaire, une résonance particulière pour quiconque envisage d'investir dans l'immobilier ivoirien sans avoir pu se déplacer sur place pour vérifier la situation réelle du bien.
Avant d'acheter un terrain à distance, quelques réflexes

- Exiger une copie de l'Arrêté de Concession Définitive (ACD), seul titre de propriété définitif reconnu en Côte d'Ivoire. Une simple attestation villageoise n'en tient pas lieu.

- Vérifier auprès du ministère de la Construction si le lotissement concerné est bien approuvé.

- Se méfier d'une transaction conclue uniquement sur la base de vidéos, de photos ou de la notoriété d'un vendeur sur les réseaux sociaux.

- Faire vérifier les documents par un notaire ou un juriste indépendant avant tout versement.

- Se rappeler qu'une personnalité publique apparaissant aux côtés d'un promoteur ne garantit en rien la fiabilité de ses activités.

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