En visite de travail à Paris le lundi 5 octobre 2026, le président béninois Romuald Wadagni a été reçu par Emmanuel Macron. Cette rencontre a fait avancer la nouvelle demande de restitution formulée par Cotonou, qui porte sur plus d'une trentaine de biens culturels, 35 précisément : des pièces venues d'Abomey, de Porto-Novo et de Kétou, ainsi que des dons.
Une deuxième vague, après 2021
Il s'agit d'une seconde étape. En novembre 2021, vingt-six trésors royaux du Danhomè avaient déjà repris le chemin du Bénin. Cette fois, la liste comprend des amulettes d'amazones, un chapelet de divination ou encore le siège en bois du roi Toffa de Porto-Novo. La pièce à laquelle Cotonou tient par-dessus tout est la statue en fer du dieu Gou, divinité vodun du fer, de la forge et des forgerons, venue de l'ancien royaume du Dahomey. L'œuvre avait été réalisée en hommage au roi Glèlè, père de Béhanzin, le souverain qui a résisté aux troupes coloniales françaises.
Un comité scientifique pour trancher
Le signe le plus concret de ce rapprochement est la création d'un comité scientifique, désormais accepté par les deux parties. Côté béninois, ses membres ont été nommés par décret en mars 2026. Il est présidé par Alain Godonou, expert du patrimoine et conservateur, et compte six personnes, dont le directeur du Patrimoine culturel et l'historienne de l'art Marie-Cécile Zinsou, spécialiste des questions de restitution. Les membres français sont, d'après RFI, en cours de désignation.
Ce dispositif découle d'un changement de cadre juridique en France. Fin janvier, le Sénat a adopté à l'unanimité un projet de loi destiné à faciliter la restitution des biens culturels pillés entre 1815 et 1972, afin de ne plus passer par une loi d'espèce pour chaque demande. Des comités scientifiques paritaires, associant chercheurs français et chercheurs du pays demandeur, doivent retracer l'histoire et la provenance de chaque œuvre. La rapporteure Catherine Morin-Dessailly donnait alors l'exemple d'un comité à parité franco-sénégalais ; le sénateur Max Brisson, lui, insistait sur une « vraie analyse scientifique » œuvre par œuvre, plutôt qu'un « tout rendre ». Le Sénat recensait déjà une douzaine de demandes, dont celle du Bénin pour la statue du dieu Gou. Le texte devait encore passer devant l'Assemblée nationale, et nous n'avons pas pu vérifier à ce stade son adoption définitive.
Un calendrier, pas une décision
D'après des sources bien informées citées par RFI, le Bénin devrait recevoir une première réponse à la mi-octobre. Suivraient environ un mois de discussions. Ce n'est qu'à l'issue de ces échanges que l'on saura si la France accepte de rendre l'ensemble des biens réclamés ou seulement une partie. Autrement dit : aucune œuvre n'est pour l'instant promise, et la nuance compte.
Pourquoi cela concerne la diaspora
Pour les Africains de la diaspora, ces restitutions touchent à la mémoire familiale et collective. Beaucoup découvrent leur histoire dans les vitrines des musées européens. La ligne que fixera la France pour le Bénin servira de référence à d'autres demandes, de l'Algérie au Sénégal. La Côte d'Ivoire n'est pas en reste sur le sujet : le débat sur les objets sortis du pays à l'époque coloniale revient régulièrement, et le précédent béninois sera regardé de près à Abidjan.
Le vrai test viendra à la mi-novembre, quand Paris aura dit ce qu'il accepte de rendre. D'ici là, la prudence s'impose : un comité n'est pas une restitution, et un calendrier n'est pas une promesse.







