Les Ghanéens vivant à l'étranger ont envoyé près de 7,8 milliards de dollars à leur pays en 2025, contre environ 4,6 milliards en 2024. C'est le chiffre annoncé par le gouverneur de la Bank of Ghana, Johnson Pandit Asiama, lors d'une rencontre avec la diaspora organisée le 19 avril à Virginie, aux États-Unis, d'après Graphic Online et Citi Newsroom.
Ces transferts représentent environ 6 % du produit intérieur brut ghanéen et dépassent les investissements directs étrangers. Le directeur du Ghana Investment Promotion Centre, Simon Madjie, a cité devant l'assistance un chiffre de 2,7 milliards de dollars d'investissements étrangers pour 2025, soit moins de la moitié des transferts. NotreAfrik retient 2,61 milliards pour 253 projets. Les deux chiffres ne coïncident pas tout à fait, mais le rapport reste du simple au triple.
« Le chaînon manquant »
Le gouverneur ne veut plus seulement entretenir ces flux. Il veut qu'ils servent à autre chose qu'aux dépenses courantes des familles. Il a répété en avril l'idée de traiter la diaspora comme des investisseurs.
« “We must treat the diaspora as domestic investors that are abroad, not external senders of money.” »
Le propos, tenu en anglais, est celui du gouverneur, cité par Graphic Online. Le 21 août, lors du lancement du rapport annuel du Ghana Investment Promotion Centre, il a nommé l'obstacle, selon NotreAfrik : le « chaînon manquant » est le développement de produits financiers fiables, innovants et adaptés, capables d'inspirer confiance. Le même site indique que la banque centrale explore des obligations destinées à la diaspora et des produits libellés en devises, et qu'elle a réuni les banques commerciales le 12 août pour les pousser à proposer de l'épargne accessible à distance.
Ce que dit la salle
La réunion de Virginie n'avait rien d'un meeting de soutien. Un participant a demandé ce qu'il advenait réellement des dollars envoyés, et s'ils apparaissaient dans la balance des paiements. D'autres ont posé leurs conditions : une liste de produits agréés et des recours en cas de problème. Le professeur Addae Mensah, panéliste, a été direct.
« “You can try to fill a bucket that has holes, it will never get full.” »
Il parlait du manque de responsabilité de ceux qui supervisent les projets au Ghana. Le chef de l'innovation financière de la banque centrale, Rexford Agyemang-Sarpong, a lui pointé un autre problème : les enfants de la diaspora n'ont pas toujours de raison d'envoyer de l'argent. Il faut passer, a-t-il dit, des transferts « par obligation » à des transferts « par opportunité ». Le gouverneur a insisté sur la seconde génération et sur le recours aux canaux formels pour les sommes importantes.
Un phénomène continental, un défi régional
Ce que vit le Ghana n'est pas isolé. Selon le rapport Sending Money Home 2026 du FIDA, relayé par Managers, les migrants ont envoyé 124,2 milliards de dollars vers l'Afrique en 2025, 86 % de plus qu'il y a dix ans. Cinq pays (Égypte, Nigeria, Maroc, Éthiopie, Kenya) en reçoivent environ 73 %, ce qui laisse le Ghana hors du peloton de tête. Envoyer 200 dollars coûtait en moyenne 7,2 % en 2025 par les services non bancaires, loin de l'objectif international de 3 %.
NotreAfrik replace l'initiative ghanéenne dans la région : le Burkina Faso aurait levé 151,5 milliards de FCFA auprès de sa diaspora en juin, et la Côte d'Ivoire vise le premier trimestre 2027. Le site rappelle aussi que le Ghana a fait défaut sur sa dette en 2022, un souvenir que les souscripteurs potentiels n'ont pas oublié. Pour l'instant, le Ghana a des chiffres et un diagnostic. Les produits qui conviendraient à la diaspora, eux, restent à créer.







