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Jamaïque : un premier vol d'expulsés de pays tiers venus des États-Unis, dans l'opacité d'un accord secret

Mardi 13 octobre, 22 personnes expulsées des États-Unis sont arrivées à Kingston, sans être jamaïcaines. C'est la première fois que l'île reçoit des migrants de pays tiers, dans le cadre d'un accord signé en juin que le gouvernement refuse de rendre public.

JGJunior Gnapié15 octobre 2026⏱ 3 min de lectureLu 16 foisDiaspora
Jamaïque, un premier vol d'expulsés de pays tiers venus des États-Unis
📷 Illustration : Jamaïque, un premier vol d'expulsés de pays tiers venus des États-Unis © The Haitian Times
Vingt-deux personnes expulsées des États-Unis sont arrivées à l'aéroport international Norman Manley de Kingston, d'après Al Jazeera, le jour où l'article a été publié. Aucune n'était jamaïcaine à ce qu'on sache : le média ne précise pas leurs nationalités et les décrit comme des ressortissants de pays tiers. Selon les médias locaux cités, elles ont été conduites en autocar vers un lieu tenu secret. C'est le premier vol de ce type accepté par la Jamaïque.
Kingston a signé en juin 2026 un protocole d'accord bilatéral avec Washington pour accueillir ces expulsés. Le gouvernement parle d'un « arrangement de transit » : les personnes arrivées seront ensuite renvoyées vers leur pays d'origine ou vers un autre pays d'accueil. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) prendra en charge leur accompagnement. Selon un communiqué commun des ministères de la Sécurité nationale et des Affaires étrangères, l'État jamaïcain ne finance pas le dispositif.
Les autorités promettent de n'accepter aucune personne ayant un casier judiciaire. Mais le texte de l'accord reste inconnu. La ministre des Affaires étrangères, Kamina Johnson Smith, affirme que les questions ont « toutes reçu une réponse » et que les États-Unis n'ont pas accepté de publier le document, tout en notant que d'autres pays ont publié le leur.
Pour l'opposition, le sujet n'a jamais été débattu publiquement. Fitz Jackson, son porte-parole sur la sécurité nationale, estime qu'on demande aux Jamaïcains de faire confiance à un document secret. L'argument est classique en démocratie : un pays peut conclure un accord sensible, mais il doit en rendre compte à ses citoyens.
La Jamaïque rejoint une liste qui s'allonge. D'après Third Country Deportation Watch, un projet rattaché à Refugees International et Human Rights First, au moins 35 pays ont conclu des accords de ce genre avec Washington. Le Washington Post a rapporté en septembre que l'administration avait réservé environ 410 millions de dollars à ces opérations. Un autre vol, vers le Costa Rica, avait déposé 25 personnes le 11 avril.
Le principe est simple et très contesté : renvoyer quelqu'un non pas vers son pays, mais vers un État qu'il ne connaît parfois pas. Les organisations de défense des droits humains dénoncent des expulsions sans procédure équitable et mettent en doute leur légalité. Plusieurs recours sont en cours aux États-Unis. Elles craignent aussi que certains pays d'accueil, comme le Soudan du Sud, où sévit un conflit, exposent les expulsés à des dangers. Des opposants y voient un moyen de contourner des décisions de justice interdisant de renvoyer certaines personnes vers leur pays d'origine : il est arrivé que le pays tiers renvoie ensuite la personne là où le juge l'interdisait.
Un rapport de février 2026 des démocrates de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain rapportait les propos d'un responsable anonyme : le but est de « faire peur aux gens ».
La question n'est pas théorique pour l'Afrique. Le 8 octobre, Human Rights Watch publiait un rapport de 125 pages sur plus de 500 personnes expulsées des États-Unis vers des pays africains où elles n'avaient aucune attache. La Côte d'Ivoire n'y est pas citée. Mais le cas jamaïcain montre que la mécanique se généralise, et qu'un migrant peut désormais se retrouver loin de tout lien familial ou linguistique.
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