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Kenya : les envois de la diaspora reculent de 1,3 %, le choc vient des États-Unis et de l'Arabie saoudite

Les Kényans de l'étranger ont envoyé 5,01 milliards de dollars sur les douze mois à août 2026, soit 1,3 % de moins qu'un an plus tôt. Les États-Unis (-12,4 % sur huit mois) et l'Arabie saoudite (environ -53 %) expliquent le recul, que compensent en partie l'Europe, le Royaume-Uni et les Émirats. Un cas d'école pour les pays qui, comme la Côte d'Ivoire, comptent sur leur diaspora.

JGJunior Gnapié9 octobre 2026⏱ 3 min de lectureLu 10 foisDiaspora
Silhouette des immeubles du centre-ville de Nairobi, au Kenya
📷 Illustration : Nairobi, capitale d'un pays où les envois de la diaspora pèsent environ 5 milliards de dollars par an
Quand on parle de diaspora, on pense souvent aux grands forums et aux promesses d'investissement. Le Kenya rappelle que l'essentiel se joue plus modestement, chaque mois, dans des virements de quelques dizaines ou centaines de dollars. Et que ces virements peuvent baisser.
Selon les données de la Banque centrale du Kenya (CBK) commentées cette semaine, les Kényans de l'étranger ont envoyé 5,01 milliards de dollars sur les douze mois à août 2026, contre 5,08 milliards un an plus tôt, soit un recul de 1,3 %. Sur les huit premiers mois de l'année, le total atteint 3,33 milliards de dollars, en baisse de 0,7 %.

Deux pays tirent la courbe vers le bas

Le détail par pays est plus parlant que le total. Les États-Unis, première source d'envois, ont fourni 1,59 milliard de dollars entre janvier et août, contre 1,82 milliard un an plus tôt : une baisse de 12,4 %, soit environ 226 millions de dollars en moins. Ils représentent encore près de la moitié des entrées sur la période, d'après le Rio Times.
L'Arabie saoudite s'effondre davantage, avec 110 millions de dollars contre 234 millions, soit à peu près la moitié. Kenyans.co.ke relie cette chute à des changements dans les règles de travail applicables aux étrangers, sans que la banque centrale ne l'ait confirmé.
Le gouverneur de la CBK, Kamau Thugge, a résumé le constat devant le comité de politique monétaire : la raison principale est la baisse des envois en provenance des États-Unis et d'Arabie saoudite. Il a néanmoins parlé de flux « résilients ».

Des explications encore incertaines

Pourquoi les Américains envoient-ils moins ? La CBK n'a pas publié d'analyse. Deux pistes circulent dans la presse kényane. La première est la taxe fédérale américaine de 1 % sur les transferts payés en espèces, par mandat ou par chèque de caisse, en vigueur depuis le 1er janvier 2026 selon l'administration fiscale américaine (IRS). La seconde est un durcissement de l'application des lois sur l'immigration, qui pourrait réduire le nombre de personnes en mesure d'envoyer de l'argent. Aucune de ces deux hypothèses n'est établie par les chiffres officiels, et il faut les lire comme telles.

Ailleurs, ça progresse

Le tableau n'est pas uniformément sombre. Sur janvier-août, les envois depuis l'Europe progressent de 16,5 % (692 millions de dollars), ceux du Royaume-Uni de 18,6 % (270 millions), ceux des Émirats arabes unis de 53 % (132 millions). Les flux venant du reste de l'Afrique gagnent 44 % (286 millions) et ceux d'Australie 25,5 %. En juillet et août, les envois repartent à la hausse, de 6,5 % et 6 % respectivement.
La diaspora kényane se déplace, en somme. Moins d'argent des deux plus gros pays d'accueil, davantage de pays qui pesaient peu il y a quelques années.

Pourquoi cela concerne Abidjan

La Côte d'Ivoire prépare ses premières obligations destinées à la diaspora, annoncées pour le premier trimestre 2027, et organise fin octobre le Grand Retour de la Diaspora. L'ambition est de convertir des transferts en investissement productif. L'exemple kényan montre la fragilité d'un pari trop concentré sur un ou deux pays d'accueil : une taxe, une loi migratoire ou un changement de règles du travail peuvent amputer un flux en quelques mois.
Le Kenya tient pour l'instant, grâce à des réserves de change de 14,7 milliards de dollars (5,9 mois d'importations) et à un shilling stable autour de 130 pour un dollar. Mais son déficit courant a grimpé à 3,1 % du PIB, contre 2,1 % auparavant. Pour un pays qui compte sur ses ressortissants à l'étranger, c'est un avertissement utile : la diaspora est une ressource, pas une rente.
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