À fin août 2026, les Marocains résidant à l'étranger avaient transféré 89,215 milliards de dirhams vers leur pays, contre 81,846 milliards à la même date de 2025. Cela fait environ 7,4 milliards de plus, soit une hausse de 9 % sur un an. Telquel (avec l'agence MAP) et Hespress rapportent ces chiffres le 2 octobre, tous deux d'après les indicateurs mensuels des échanges extérieurs de l'Office des changes.
Ce que montre le bulletin
Le même document permet de situer les transferts dans le tableau d'ensemble. Le solde de la balance « Voyages » est excédentaire de 74,621 milliards de dirhams (+10,8 %), les recettes touristiques atteignant 97,926 milliards (+9,7 %) pour 23,305 milliards de dépenses (+6,6 %). Les investissements directs étrangers affichent un flux net de 34,334 milliards (+65 %), mais Hespress relève que cette hausse s'explique surtout par un recul des dépenses de 33,9 %, plus que par la progression des recettes (+17 %). Les investissements directs marocains à l'étranger passent de 2,358 à 6,667 milliards.
Le rythme des transferts reste donc un peu en retrait de celui des voyages (+9 % contre +10,8 %). En revanche, il est stable. Le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), qui publie chaque mois ces données, notait déjà fin mai que les envois dépassaient 50 milliards de dirhams, contre 46,16 milliards un an plus tôt, soit +8,8 %. À fin avril, ils frôlaient 40 milliards (+9,8 %). Le CCME opposait à cette régularité l'humeur changeante des investissements directs étrangers, qui reculaient de 10,1 % à 11,65 milliards sur la même période. Quatre mois plus tard, la tendance s'est inversée, ce qui illustre bien la volatilité qu'il décrivait.
« « Ces transferts ressortent en amélioration de 9 % en glissement annuel. » Telquel et Hespress, d'après l'Office des changes »
Un amortisseur pour la balance extérieure
Ces envois comptent d'autant plus que la balance commerciale se dégrade. Dans une analyse publiée le 9 octobre par Libération (Casablanca) et reprise par AllAfrica, Aziz Sidki donne les chiffres de fin août : 617,5 milliards de dirhams d'importations pour 334,9 milliards d'exportations, soit un déficit de 282,6 milliards, en hausse de 25,4 % sur un an. Le taux de couverture tombe à 54,2 %, contre 57,7 % douze mois plus tôt. Les importations progressent de 15,8 %, les exportations de 8,7 %.
Rapprochés, les deux jeux de chiffres donnent un ordre de grandeur : les transferts des MRE équivalent à environ 31,6 % de ce déficit de marchandises. Ce calcul est celui de la rédaction ; les deux séries ne sont pas conçues pour être comparées terme à terme, et le premier regroupe des flux de ménages quand le second mesure des échanges de biens. L'article de Libération cite lui-même les transferts des MRE, avec les recettes touristiques, parmi les amortisseurs de la balance extérieure, sans donner de chiffre. Son auteur parle d'un « avertissement économique » plutôt que d'une crise monétaire et juge la tension du dirham davantage conjoncturelle que structurelle.
Un record qui change de montant selon l'article
Sur l'année 2025, le CCME évoque un record de plus de 122 milliards de dirhams, soit environ 5 milliards de plus qu'en 2024. Le chiffre de 2024 portait sur un record annuel de 119 milliards. En se limitant aux données de 2026, le message est clair : sur huit mois, les envois progressent de 8 à 10 % selon les relevés mensuels.
Le cas marocain parle aux pays qui courtisent leur diaspora. En Côte d'Ivoire, le gouvernement a annoncé des « bonds de la diaspora » pour le premier trimestre 2027, d'après Capmad. Le Maroc, lui, ne propose pas d'emprunt : il décrit un flux régulier, mesuré chaque mois, qui pèse dans les comptes de l'État. Une diaspora qui envoie de l'argent depuis des années ne demande pas qu'on lui invente un produit. Elle demande d'abord que cet argent compte.
Reste à voir si la dynamique tiendra jusqu'à la fin de l'année. Les bulletins de septembre et d'octobre, publiés dans les semaines qui viennent, donneront la réponse.









