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Maurice : des centaines de Malgaches arrêtés pour séjour irrégulier, et des soupçons de traite

Depuis janvier, 242 Malgaches ont été interpellés à Maurice pour séjour irrégulier, soit la première nationalité parmi les étrangers arrêtés, selon RFI. Une association y voit des signes d'exploitation, voire de traite des êtres humains, alors que l'île dit vouloir recruter davantage de travailleurs malgaches.

JGJunior Gnapié4 octobre 2026⏱ 3 min de lectureLu 22 foisDiaspora
Port-Louis, capitale de Maurice, en soirée
📷 Illustration : Port-Louis, capitale de Maurice, en soirée
Le scénario se répète, selon les associations. À Antananarivo, un intermédiaire promet un emploi à Maurice contre une somme souvent élevée. Le candidat part avec un visa touristique. Sur place, le travail annoncé n'existe pas, ou bien il se fait au noir. Le visa expire, le travailleur bascule dans l'irrégularité, et il n'ose plus se plaindre, de peur d'être arrêté. RFI raconte cette mécanique dans un reportage publié le 4 octobre depuis Antananarivo.

Des arrestations qui visent d'abord les Malgaches

À Maurice, les Malgaches forment la première nationalité parmi les étrangers arrêtés pour séjour irrégulier. Selon les autorités mauriciennes citées par RFI, 242 d'entre eux ont été interpellés depuis janvier, dont 153 hommes et 89 femmes. Les médias locaux rapportent régulièrement des coups de filet de ce type. L'un des plus récents, relayé en juin par L'Express de Madagascar, concernait trente-quatre personnes, dix-sept hommes et dix-sept femmes, trouvées à 4 heures du matin dans une pension de famille de Plaine-Verte, à Port-Louis. Selon les médias mauriciens cités, elles y vivaient depuis environ deux ans sans visa ni permis de travail. Elles n'ont opposé aucune résistance et une enquête a été ouverte sur les circonstances de leur maintien sur le territoire.
Le chiffre global est plus lourd. Début mai, le Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam, a indiqué devant le Parlement que 2 138 étrangers, toutes nationalités confondues, avaient été arrêtés pour séjour illégal depuis le 1er janvier 2026, au cours d'environ 272 opérations. Cette donnée, rapportée par Le Mauricien, s'arrête à fin avril et ne se compare donc pas directement aux 242 arrestations de Malgaches comptées par RFI jusqu'en octobre.

Séjour irrégulier ou traite : la frontière est mince

Une avocate spécialisée en droits humains, qui a demandé à rester anonyme, a expliqué à RFI qu'une personne à qui l'on a menti sur le travail qui l'attend peut être reconnue victime de traite au regard du protocole de Palerme, l'accord de l'ONU sur le sujet. Dans ce cas, estime-t-elle, c'est à l'État malgache de protéger ses ressortissants, avec l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Les chiffres officiels mauriciens paraissent modestes à côté du nombre d'arrestations. Entre le 1er janvier 2024 et le 24 avril 2026, 26 cas de traite ont été signalés à Maurice, selon le Premier ministre. Des poursuites ont été engagées dans quatre cas : trois attendent un jugement, un a abouti à une condamnation, et les autres sont encore à l'enquête. Port-Louis dit avoir renforcé la loi et les contrôles, avec une révision du plan d'action national en lien avec l'OIM, et environ 5 330 étrangers se sont vu refuser l'entrée en deux ans.
Côté malgache, le bureau national de lutte contre la traite a recensé en 2024 plus de 120 victimes malgaches dans plusieurs pays où elles s'étaient expatriées. Travail domestique, travail forcé, esclavage moderne et mariages forcés représentent près de huit cas sur dix, d'après RFI.

Une contradiction que personne n'a encore levée

Le paradoxe tient en une phrase. Maurice arrête des Malgaches sans papiers tout en disant en avoir besoin : son ministre du Travail affirme, d'après RFI, que la demande de main-d'œuvre malgache devrait encore augmenter. Rien dans les sources consultées n'indique comment les deux gouvernements comptent proposer des filières légales qui remplaceraient les intermédiaires.
Cette histoire dépasse l'océan Indien. Partout où des jeunes quittent un pays pour travailler à l'étranger, la même question se pose : qui recrute, à quel prix, avec quel contrat ? Ce dossier n'implique à ce stade aucun ressortissant ivoirien, et il serait abusif d'en tirer une conclusion sur d'autres pays. Il rappelle simplement l'intérêt, pour les candidats au départ comme pour leurs familles, de vérifier le statut du visa et la réalité du contrat avant de payer un intermédiaire.
À suivre : la révision du plan d'action mauricien contre la traite, les éventuelles poursuites contre les recruteurs côté malgache, et la position officielle de Madagascar. Les autorités des deux pays n'avaient pas, dans les sources lues, répondu aux accusations d'exploitation.
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