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Migrants : l'Europe valide ses « hubs de retour » et regarde vers l'Afrique, le Rwanda en tête

Jeudi à Luxembourg, les ministres de l'Intérieur de l'UE ont donné leur feu vert final au règlement qui autorise des centres de rétention hors d'Europe. Cinq pays pilotent le projet et cherchent des partenaires africains. L'Ouganda et surtout le Rwanda sont cités, aucun accord n'est encore signé.

JGJunior Gnapié2 octobre 2026⏱ 3 min de lectureLu 6 foisDiaspora
Le centre de conférences de Kigali, au Rwanda, pays le plus cité pour accueillir les futurs « hubs de retour » européens
📷 Illustration : Le centre de conférences de Kigali. Le Rwanda est le pays le plus souvent cité pour héberger les premiers centres européens.
C'est fait côté européen, ou presque. Réunis jeudi 1er octobre à Luxembourg, les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne ont franchi la dernière étape formelle du règlement sur les retours, le texte qui autorise la création de centres de rétention en dehors de l'UE, les « hubs de retour ». Le Parlement européen avait approuvé le règlement en juin. Reste le plus délicat : trouver des pays prêts à les accueillir, et ces pays, dans les discussions actuelles, sont africains.

Cinq capitales en tête de file

Le projet est mené par le Danemark, l'Autriche, la Grèce, l'Allemagne et les Pays-Bas. « En ce qui concerne les hubs de retour, les choses avancent très bien », a déclaré à la presse le ministre danois Morten Bodskov, d'après l'AFP. Son homologue allemand Alexander Dobrindt, plus prudent, parle de « discussions préliminaires » avec des États susceptibles de coopérer, sans les nommer. Il espère un premier accord avant la fin de l'année, tout en insistant sur la nécessité de bâtir des montages juridiques solides, par crainte des recours.
Ces centres serviraient à héberger des personnes sous obligation de quitter le territoire mais dont l'expulsion vers le pays d'origine est bloquée, souvent parce que celui-ci refuse de les reprendre ou qu'aucun accord de réadmission n'existe. Les ministres grecs affichent déjà un calendrier : le ministre Thanos Plevris a assuré cette semaine qu'un centre permettant des renvois « vers un pays d'Afrique » serait opérationnel au second semestre 2027, sans préciser lequel.

Rwanda et Ouganda dans la boucle

Deux noms reviennent, l'Ouganda et surtout le Rwanda. Les eurodéputées écologistes Anna Strolenberg et Tineke Strik, qui viennent de se rendre dans les deux pays, jugent que Kigali et Kampala semblent « tout à fait partants ». « Le Rwanda est probablement le premier pays avec lequel un accord pourra être conclu », estime Anna Strolenberg. Il s'agit de l'appréciation d'élues opposées au projet, pas d'une annonce des gouvernements concernés : dans les dépêches consultées, aucune capitale africaine n'a confirmé de négociation.
Le cadre fixé par le règlement ne se limite pas aux centres. Selon Epoch Times, qui détaille le texte, les demandeurs d'asile déboutés devront coopérer à leur propre expulsion sous peine de voir leurs prestations réduites ou leurs documents de voyage saisis, et la rétention administrative pourrait monter jusqu'à 24 mois. Ces points n'apparaissent pas dans les dépêches AFP et RTBF, et mériteraient d'être vérifiés sur le texte lui-même.

Des ONG vent debout

Du côté des défenseurs des migrants, le ton est sévère. Le réseau PICUM, qui fédère des ONG, estime que le règlement « encourage une chasse aux sorcières contre les personnes sans papiers » et autorise l'envoi de personnes « vers des destinations qu'elles ne connaissent même pas ». Selon lui, la peur de la détention éloignera les gens des services publics et ne fera qu'accroître l'irrégularité. En face, les partisans du dispositif y voient un moyen d'accélérer les départs et de dissuader les traversées. Le ministre irlandais Jim O'Callaghan rappelle qu'environ deux tiers des personnes sommées de quitter le territoire ne partent pas réellement.
Une précision utile pour les lecteurs africains : le commissaire européen Magnus Brunner a lui-même souligné que les principaux flux vers l'Europe viennent du Pakistan et du Bangladesh, via le Proche-Orient, l'Égypte et la Libye. L'Afrique est donc davantage sollicitée comme terre d'accueil des centres que comme première origine des personnes visées.

Ce que cela change pour la diaspora

Pour les communautés africaines installées en Europe, l'enjeu est double. D'un côté, la menace de renvois facilités et de détention plus longue pèse sur les personnes en situation irrégulière, y compris celles dont l'État d'origine est lent à délivrer des papiers. De l'autre, les gouvernements africains qui accepteraient d'héberger ces centres se retrouveraient en première ligne politiquement, avec leurs opinions publiques, leurs propres opposants et leurs ressortissants à l'étranger. L'Union africaine n'a pas, dans les sources lues, pris position sur ce nouveau cadre. À suivre dans les prochains mois : la liste des pays réellement négociateurs, les garanties juridiques exigées, et la réaction de ceux qui, sur le continent, y verront un contrat ou un marchandage.
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