À Kongodékro, dans la zone de Bouaké, une usine de plus vient d'ouvrir ses portes, et celle-ci vise un produit que le pays exporte encore surtout en amandes brutes : le karité. L'unité de Beta Veg Oil a été inaugurée lundi 12 octobre 2026 sous la présidence d'Amadou Koné, ministre des Transports et des Affaires maritimes, par ailleurs maire de Bouaké. Bruno Nabagné Koné (Agriculture) et Ibrahim Kalil Konaté (Commerce, Industrie et Artisanat) étaient aussi présents.
Selon les chiffres donnés lors de la cérémonie, le site peut traiter 70 000 tonnes de matières premières par an. Sa capacité journalière est de 200 tonnes de karité et de 300 tonnes de soja. Ce qui en fait, d'après ses promoteurs, la plus grande unité d'extraction par solvant de karité et de soja de Côte d'Ivoire.
Pour l'instant, l'usine produit du beurre de karité. Les huiles de soja raffinées et les tourteaux destinés à l'alimentation animale sont prévus, sans calendrier précis. Les porteurs du projet, Mounir Fakry et Pierre Ali, affirment viser le statut de première unité d'extraction du pays à neutralité carbone. Une deuxième phase d'extension doit démarrer en décembre.
Un secteur qui exporte encore trop de matière brute
Le contexte explique l'enthousiasme officiel. En 2025, la Côte d'Ivoire a produit environ 60 000 tonnes d'amandes de karité et exporté quelque 4 400 tonnes de beurre vers neuf pays. Plus de 60 % de la production part encore sous forme d'amandes brutes. Côté soja, la production tourne autour de 30 000 tonnes, avec une transformation locale encore marginale.
Les comparaisons avancées vont dans le même sens. Le taux de transformation locale atteint 46 % pour le cacao et 43 % pour l'anacarde. Pour le karité, il devrait grimper vers 30 % grâce à l'usine, puis entre 50 et 60 % d'ici cinq ans, selon les intervenants. Ce sont des objectifs, pas des résultats constatés.
« Le moment est venu de faire du karité véritablement l'or des femmes », a lancé le ministre de l'Agriculture. La formule tombe juste : la cueillette et le ramassage des noix reposent en grande partie sur les femmes des zones de savane.
L'usine annonce 450 emplois directs pour des jeunes de Bouaké. Le maire a avancé plus de 400 000 emplois indirects, notamment parmi les collectrices de Djébonoua, Diabo et Botro et les producteurs de soja du Gbêkê.
À l'horizon 2030, l'objectif affiché dépasse les 10 000 emplois industriels directs, adossés à une zone logistique et industrielle. Là encore, il s'agit d'une ambition, dont le financement n'a pas été détaillé.
Un préfinancement pour les collectrices
Un programme distinct de préfinancement de 1,35 milliard de FCFA a été évoqué. Il doit couvrir 5 000 tonnes d'amandes, à 270 000 FCFA la tonne, au bénéfice de 30 000 femmes réparties sur huit zones de production. Ce montant ne correspond pas à l'investissement de l'usine.
Amadou Koné a replacé l'inauguration dans la « vision du Président Alassane Ouattara » et dans le plan national de développement 2026-2030. Il a aussi glissé aux promoteurs : « Je sais que beaucoup de régions faisaient les yeux doux pour recevoir cette usine, mais vous avez choisi Bouaké. »
Reste à voir ce qui se jouera sur le terrain. Les collectrices seront-elles payées à un prix qui change leur quotidien ? L'approvisionnement suivra-t-il les capacités annoncées, alors que la production nationale d'amandes tourne autour de 60 000 tonnes pour 200 tonnes traitées par jour ? Et le soja, produit en quantités bien plus faibles, trouvera-t-il assez de volumes localement ? Autant de points à suivre avant de juger si Bouaké tient là un vrai pôle industriel, ou une belle vitrine.









