La France et l'Allemagne veulent doter l'Union européenne d'une arme commerciale plus rapide. Lundi 5 octobre, le président Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz ont adressé une lettre à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, pour proposer un outil de riposte contre les pays accusés de concurrence déloyale.
Une arme sans cible déclarée
Le courrier ne nomme pas la Chine, mais tout le monde pense à elle. La Belga le dit à sa façon : la Chine « est dans toutes les têtes », alors que le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, se rend à Pékin jeudi et vendredi pour tenter de rééquilibrer les relations commerciales. L'Union accuse la Chine d'un déficit commercial grandissant, écrit Reuters.
L'outil permettrait, « si nécessaire », d'exclure immédiatement du marché intérieur les biens et les services d'un pays qui mène une guerre commerciale contre l'UE. Paris et Berlin le pensent pour un scénario extrême, par exemple si un pays interrompait ses livraisons de matières premières. Une source du gouvernement allemand explique que l'Europe doit être capable de « provoquer un préjudice comparable à celui qui nous est infligé ».
Plus vite, plus facilement
Le point sensible est le mode de décision. Selon la lettre, les mesures seraient adoptées sur proposition de la Commission, à moins qu'une majorité qualifiée d'États membres s'y oppose. C'est un seuil plus bas que celui qui s'applique aujourd'hui à certaines mesures commerciales. Reuters précise que le document franco-allemand prévoit un déploiement possible en quelques jours.
Les deux capitales jugent les instruments actuels trop lents et trop légers face à l'arsenal de la Chine ou des États-Unis. Les autorités allemandes citent la Section 301 américaine, utilisée pour imposer des droits de douane, et les restrictions de Pékin sur les exportations de minerais stratégiques, comme références d'outils auxquels l'Union devrait pouvoir répondre.
Selon Reuters, le dispositif ne viserait aucun pays en particulier mais combattrait le dumping social, les subventions généralisées et la convertibilité des devises, des pratiques que Bruxelles attribue à la Chine. Le texte ne précise ni les circonstances qui le déclencheraient ni les mesures concrètes qui seraient prises.
Chimie, plastique, hybrides
Paris et Berlin demandent aussi d'activer sans tarder les « mesures de sauvegarde » déjà présentes dans la boîte à outils européenne, pour des secteurs en difficulté comme la chimie et la pharmacie, précise la présidence française à la Belga. Reuters ajoute les produits en plastique PET et les véhicules hybrides parmi les importations à surveiller.
Un deuxième instrument est demandé à la Commission, déjà évoqué par Bruxelles : limiter la dépendance des entreprises à une source unique pour certains approvisionnements essentiels.
À l'Élysée, on assure qu'il existe « une demande très forte qu'on sorte de la naïveté » et un « consensus » sur le « caractère insoutenable des déséquilibres ».
Une proposition qui doit encore convaincre
La Commission a salué la lettre, qu'accompagne un document détaillant les propositions. Elle juge qu'elle contribue au débat sur les risques géoéconomiques et les déséquilibres mondiaux, et que le texte est proche de la position de von der Leyen sur la compétitivité, rapporte Reuters. La proposition doit encore être approuvée par les États membres et par le Parlement européen. Macron et Merz comptent la présenter au sommet européen de mi-octobre, à Bruxelles.
Que viennent faire ces tractations européennes dans une revue de presse ivoirienne ? Les textes lus ne le disent pas : ils ne mentionnent pas l'Afrique. Ils parlent pourtant de minerais stratégiques et de guerre commerciale avec la Chine, deux sujets qui touchent le continent. C'est à la rédaction d'aller chercher ce qu'une montée des tensions entre l'Europe et Pékin changerait pour les pays africains, partenaires des deux. Tant que ce lien n'est pas établi, mieux vaut ne pas le deviner.







