L'argent des CNI et des passeports (rapport de 2023). Le texte affirme que seuls 792 000 francs CFA ont été reversés au Trésor sur la production des cartes d'identité et des passeports. Le chiffre figure bien dans le rapport de la Cour sur l'exécution du budget 2022, qui s'étonnait d'un très faible recouvrement. Mais les ministères de l'Intérieur et des Finances ont répondu, dans un communiqué du 4 janvier 2024, que ces 792 000 francs représentent uniquement les droits de demande de visa en ligne payés à l'aéroport d'Abidjan. Selon eux, la part fiscale du passeport (15 000 francs sur 40 000) est versée sur un compte dédié, et les 5 000 francs de la carte d'identité couvrent les frais de l'ONECI. Le texte écrit aussi que le compte séquestre est « vide » et qu'il n'y a eu « aucune sanction » : nous n'avons trouvé aucune source sur le solde de ce compte, et une procédure judiciaire visant SNEDAI, liée à un trou de plus de 1,6 milliard de francs, était en délibéré en juillet 2025, selon Connectionivoirienne. Son issue n'a pas été vérifiée.
Les projets sur dons. Le texte cite 14 projets à 0 % d'exécution. Ce point est confirmé : quatorze projets financés par des dons, pour environ 34,2 milliards de francs CFA, n'avaient connu aucun début d'exécution en 2022. Le taux de 47 % d'exécution des projets sur dons, lui, n'a pas pu être retrouvé.
Le déficit 2024. Le texte parle d'un déficit de 2 698 milliards de francs. C'est exact : le rapport sur l'exécution du budget 2024, présenté aux députés le 13 novembre 2025, fait état d'un solde budgétaire déficitaire d'environ 2 698,8 milliards, pour un budget exécuté à 13 831,9 milliards (les « plus de 13 800 milliards » du texte). Il faut ajouter que ce déficit a été compensé par un excédent de trésorerie de 2 967,5 milliards, soit un solde global positif de 268,7 milliards, et que le président de la Cour, Kanvaly Diomandé, a alors relevé des progrès importants dans la mise en œuvre des programmes budgétaires, tout en appelant à plus de rigueur. Le texte omet ces deux éléments. Il faut aussi noter qu'il mêle les années de publication des rapports et les années d'exécution budgétaire.
Les ministères efficients. Le constat selon lequel 9 sections budgétaires sur 34 sont jugées efficientes est exact, comme nous l'avons détaillé dans notre précédent article. Une correction à ce sujet : nous avions repris, d'après un journal, un déficit 2024 de 2 898 milliards ; le chiffre exact est 2 698,9 milliards, et la version de notre article a été corrigée.
La dette, point le plus fragile du texte. Il attribue au président de la Cour des comptes l'affirmation que l'endettement serait passé de 32 % du PIB en 2015 à 62,5 % en 2025. Nous n'avons retrouvé cette déclaration nulle part. Les données publiées vont dans un autre sens : la Cour elle-même retient 59,5 % en 2024, et le ministère des Finances donne 57,1 % de dette de l'administration centrale à fin 2025, contre 59,5 % à fin 2024. Selon des données du FMI citées par Afrik.com, le ratio est passé de 59,3 % à 55,6 % en 2025, première baisse depuis 2012, et le ministre Adama Coulibaly a annoncé en juin 2026 que le FMI et la Banque mondiale avaient reclassé le risque de surendettement de « modéré » à « faible ». L'opposition conteste ce récit : le PDCI-RDA avait relevé en décembre 2024 une hausse de 38,4 % du PIB en 2019 à 58,1 % en 2023. Le chiffre de 62,5 % n'est en tout cas appuyé par aucun des documents consultés.
Ce qui relève de l'opinion. Les formules sur « le train de vie de l'État », sur les « institutions pléthoriques » ou sur « le manque de sanctions » qui serait « un permis de mal gérer » sont des jugements politiques, légitimes dans le débat public mais qui ne sont ni démontrés ni réfutés par les rapports cités. Le texte, signé des initiales MK, a surtout le mérite de rappeler que les constats de la Cour appellent des suites. La question de savoir lesquelles sont données, et avec quelle fermeté, reste entière.
- Vérifié : 792 000 FCFA dans le rapport sur le budget 2022 (explication des ministères : visas en ligne), 14 projets sur dons à 0 %, déficit 2024 de 2 698,8 milliards, budget 2024 exécuté à 13 831,9 milliards, 9 sections efficientes sur 34.
- Contredit : dette à 62,5 % du PIB en 2025 (données officielles : 57,1 % ; FMI : 55,6 %).
- Non retrouvé : taux de 47 % d'exécution des projets sur dons, solde « vide » du compte séquestre, déclaration attribuée au président de la Cour.









