La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest relève les plafonds de la monnaie électronique dans toute l'Union. Un client identifié pourra détenir 4 millions de FCFA chez un même émetteur, le double de la limite actuelle de 2 millions, selon Sika Finance. La mesure figure dans l'instruction n° 020, datée du 8 octobre 2026 et signée, par le gouverneur Jean-Claude Kassi-Brou. Elle s'applique à partir du 2 novembre, moins de quatre semaines après sa signature.
Le texte modifie l'instruction n° 008-05-2015 du 21 mai 2015, qui encadre depuis plus de dix ans l'activité des émetteurs de monnaie électronique dans les États de l'UMOA. Deux articles sont réécrits, le 31 et le 34. Le premier fixe les limites de détention et de rechargement, le second la façon dont les fonds des clients doivent être placés.
Deux plafonds, et une porte d'entrée pour les dérogations
Le plafond de 4 millions de FCFA vaut par client et par émetteur. Si une personne possède plusieurs instruments de monnaie électronique chez le même émetteur (un compte principal et une carte prépayée, par exemple), leurs soldes sont additionnés. Pour aller au-delà, il faut l'autorisation préalable de la BCEAO.
Un second plafond limite les rechargements cumulés sur un mois : 15 millions de FCFA par client et par émetteur, contre 10 millions jusqu'ici. Là encore, un dépassement suppose l'accord de la banque centrale. Les distributeurs et les accepteurs de monnaie électronique, c'est-à-dire les agents et les commerçants qui opèrent dans le cadre de leur métier, échappent à ces deux limites.
Les émetteurs qui voudraient obtenir une dérogation devront en faire la demande à la BCEAO en indiquant les motifs, la durée, le montant visé et les contrôles renforcés qu'ils comptent mettre en place. L'institution peut assortir son accord de conditions, en raccourcir la durée ou le retirer. Elle se montrera particulièrement vigilante sur le suivi des transactions et la gestion des risques.
Les fonds des clients, mieux couverts
L'article 34 touche au cœur du métier d'émetteur : l'argent des clients ne dort pas dans un coffre, il est placé. La règle principale : au moins 65 % de la monnaie électronique en circulation doivent être couverts par des dépôts à vue, des fonds que l'émetteur peut restituer immédiatement si les clients veulent retirer. La BCEAO peut fixer des seuils différents selon le profil de risque de chaque émetteur.
Pour le reste, les placements autorisés sont les suivants : les dépôts à vue, les dépôts à terme auprès de banques ou d'institutions de microfinance, et des titres de créance éligibles. Les actifs sont comptés au plus bas du prix d'acquisition ou de la valeur de marché.
La BCEAO justifie la réforme par la volonté de mettre à jour le cadre réglementaire pour mieux maîtriser les risques et la liquidité des institutions concernées.
Ce qu'on ne sait pas encore
Ces nouveaux textes ne disent rien des conséquences concrètes en Côte d'Ivoire : ni le nombre de comptes de monnaie électronique concernés, ni les opérateurs qui devront adapter leurs systèmes, ni l'effet attendu sur les envois d'argent. Un plafond de 2 millions de FCFA se heurte vite à la réalité d'un commerçant ou d'une famille qui reçoit des fonds de l'étranger, mais aucun des documents consultés n'établit ce lien. C'est la question à poser aux opérateurs ivoiriens avant la date du 2 novembre.









