Au Sénégal, le budget rectificatif 2026 se heurte à la majorité parlementaire elle-même. Après deux jours de travaux en commission des Finances, le groupe Pastef a annoncé qu'il ne l'adopterait pas « en l'état ». Le texte a été rejeté en commission vendredi 23 octobre faute de consensus, et la séance plénière a été reportée à ce mardi 27 octobre, à 10 heures.
Ce que le gouvernement attend du texte
D'après la synthèse de RFI reprise par allAfrica, le gouvernement a besoin de cette loi de finances rectificative pour payer des dettes dues à des entreprises et progresser vers un programme avec le Fonds monétaire international. Le projet acte une baisse des recettes de 340 milliards de FCFA, une hausse des subventions énergétiques de 250 à 790 milliards avec le choc pétrolier, et une réduction des investissements de 555 milliards, dont 300 milliards seraient consacrés aux dettes de l'État.
Les conditions posées par Pastef
Dans sa déclaration du 24 octobre, le groupe affirme ne pas contester la nécessité de réviser le budget. Il reproche au gouvernement des arbitrages, des modes de financement et des garanties jugés insuffisants pour le Parlement. « L'Assemblée nationale n'est pas une chambre d'enregistrement », écrit-il.
Il conditionne le dialogue à plusieurs exigences. Il veut que les coupes dans la santé, l'éducation, la formation professionnelle, l'eau et les infrastructures soient revues, les ajustements devant d'abord porter sur les dépenses non essentielles. Toute baisse des subventions à l'énergie devrait s'accompagner d'une baisse des taxes sur les produits pétroliers et des coûts de l'électricité, sans hausse pour les ménages et les entreprises. Il demande de la transparence sur 120 milliards de FCFA du projet CERP, adossé à la Banque mondiale : origine, affectation et effets sur les projets dont les crédits sont reportés.
Le groupe réclame aussi une accélération de la rationalisation des agences publiques, avec la suppression de 19 entités et au moins 55 milliards de FCFA d'économies nettes sur trois ans, un meilleur suivi des fonds spéciaux, la justification des déficits prévus pour 2026 et 2027, et la publication de l'audit de l'Inspection générale des finances sur la dette non financière ainsi que du rapport du cabinet Forvis Mazars.
Une procédure déjà heurtée
Le dossier avait connu un incident de procédure en amont. Dans un communiqué cité par l'agence APA le 18 septembre, l'Assemblée nationale affirmait que le projet n'avait pas été « régulièrement réceptionné » : une lettre du Secrétariat général du gouvernement reçue le 29 juin transmettait le décret présidentiel, mais sans le projet de loi lui-même.
Pastef se dit ouvert à un échange avec l'exécutif avant la plénière afin de parvenir à un budget « transparent, sincère et soutenable ». L'issue du vote de ce mardi n'était pas connue au moment de la rédaction.









