Le message partagé ces derniers jours avance que « 33 % des 10-15 ans » auraient déjà eu une relation sexuelle et que l’âge moyen du premier rapport serait de 14 ans. Nous n’avons trouvé aucune enquête nationale, ni de l’Institut national de la statistique, ni du ministère de l’Éducation, qui publie ces valeurs. Cela ne signifie pas que le phénomène est imaginaire, mais qu’il faut s’en tenir aux études identifiables.
Source
Ce qu’elle indique
EDS-CI 2021 (citée par une étude de 2023)
20,8 % des 15-19 ans disent avoir eu un rapport sexuel avant 15 ans
Étude auprès de 384 élèves sexuellement actifs de 14 à 19 ans à Abidjan
Âge moyen au premier rapport : 14,9 ans (14,5 ans chez les garçons, 16 ans chez les filles)
Enquête Médecins du Monde / AFD à Buyo, Méagui et Soubré
Âge moyen autour de 15 ans ; environ 40 % d’élèves sexuellement actifs
Autrement dit, l’âge d’entrée dans la vie sexuelle se situe, dans ces études scolaires, entre 14 et 15 ans : l’ordre de grandeur évoqué sur les réseaux n’est pas absurde, mais les pourcentages avancés pour la tranche 10-15 ans ne reposent, à ce stade, sur aucune source vérifiable.
Grossesses scolaires : des chiffres officiels en baisse, mais contestés
C’est sur les grossesses que les données sont les plus solides. Le ministère de l’Éducation nationale rapporte 6 681 cas en 2022-2023 et 4 266 en 2024-2025, soit une baisse de 36,5 %, ce qui correspond à 3 cas pour 1 000 filles inscrites. La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a toutefois recensé 4 481 cas entre septembre 2024 et juin 2025, en hausse de 8,3 % sur un an, contre 4 137 l’année précédente. Les deux institutions se sont rencontrées début juillet 2025 pour harmoniser leurs données, et s’accordent sur une tendance globalement baissière depuis 2021. Le chiffre de 5 076 cas avait été enregistré en 2012, avant le lancement d’un plan accéléré de réduction en 2014. Il reste donc plusieurs milliers de jeunes filles concernées chaque année, dans toutes les régions.
Le ministère affirme appliquer une politique de « tolérance zéro » et assure que les élèves enceintes ne sont pas exclues, leur scolarité étant reportée puis reprise. L’interruption des études demeure néanmoins l’un des risques majeurs pointés par les observateurs, avec l’exposition aux infections sexuellement transmissibles, la contraception restant peu utilisée : selon les données de l’EDS citées par des chercheurs, seules 10 % des jeunes filles de 15 à 19 ans utilisaient une méthode.
Les causes avancées
Les explications se recoupent dans la littérature. Les travaux disponibles insistent sur les conditions socio-économiques : une étude menée en milieu scolaire relève que des lycéennes, âgées en moyenne de 17 ans, ont des partenaires dont l’âge moyen dépasse 22 ans et dont elles dépendent financièrement. D’autres recherches observent une entrée plus précoce dans les milieux défavorisés. L’exposition au numérique et aux réseaux sociaux, souvent citée, n’est en revanche appuyée par aucune mesure chiffrée dans les sources que nous avons consultées : elle relève, pour l’instant, de l’hypothèse partagée par les acteurs de terrain. Le faible dialogue familial est, lui aussi, fréquemment invoqué, sur un sujet encore tabou dans de nombreux foyers.
L’école suffit-elle ?
Un enseignement d’éducation à la sexualité existe dans les programmes scolaires ivoiriens. Une revue réalisée avec l’appui de partenaires internationaux a toutefois recommandé de réviser ces contenus, notamment pour mieux retarder l’âge des premiers rapports et réduire le nombre de partenaires. Les experts s’accordent sur un point : l’école seule ne suffit pas, et un dialogue en famille, sans jugement, est un complément indispensable. Les parents, souvent mal outillés pour aborder ces questions, ont besoin d’accompagnement. Des clubs de lutte contre les grossesses et les IST ont été instaurés dans les établissements, mais leur efficacité varie selon les moyens locaux.
Une question posée à nos lecteurs
Comment expliquer cette précocité chez les plus jeunes aujourd’hui ? Quelle place doit prendre l’école, et quelle place doivent reprendre les parents ? Donnez-nous votre avis en commentaire, dans le respect des personnes concernées.
Si vous êtes parent ou élève et avez besoin d’informations ou d’un accompagnement, rapprochez-vous du service de santé scolaire de votre établissement ou d’un centre de santé de proximité.









