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Affaire Katinan Koné : le 4e vice-président du PPA-CI placé sous mandat de dépôt pour "actes terroristes"

Justin Katinan Koné, cadre de premier plan du parti de Laurent Gbagbo, a été inculpé et écroué à la Section Antiterroriste du Tribunal d'Abidjan, selon un communiqué du Procureur de la République diffusé ce vendredi 11 septembre 2026. Une procédure qui trouve son origine dans une plainte du parti au pouvoir, mais qui s'est rapidement étendue à des faits bien plus graves, liés aux violences de la période électorale de 2025.

APAnge Pascal11 septembre 20264 min de lectureLu 14 foisPolitique
Affaire Katinan Koné : le 4e vice-président du PPA-CI
📷 Illustration : Katinan Koné : le 4e vice-président du PPA-CI © Abidjan.net
ABIDJAN — L'affaire, qui n'était au départ qu'un différend politico-judiciaire autour de propos tenus lors d'une conférence de presse, a pris cette semaine une tournure judiciaire majeure. Dans un communiqué signé du Procureur de la République près le Tribunal de première instance d'Abidjan, Koné Braman Oumar, le parquet a annoncé, ce vendredi 11 septembre 2026, que Justin Katinan Koné, 4e vice-président du Parti des peuples africains-Côte d'Ivoire (PPA-CI), a été placé sous mandat de dépôt et écroué à la Section Antiterroriste du Tribunal d'Abidjan.

Une plainte pour diffamation, point de départ de la procédure

Tout est parti d'une plainte déposée le lundi 7 septembre 2026 par le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, au pouvoir), signée par son secrétaire exécutif Ibrahima Cissé Bacongo, également ministre-gouverneur du District autonome d'Abidjan. Le parti présidentiel reprochait à Justin Katinan Koné des propos tenus le 3 septembre, lors de la 52e Tribune du PPA-CI organisée à Cocody, au cours de laquelle le responsable de l'opposition avait accusé le pouvoir en place de porter une responsabilité dans l'essor de l'orpaillage clandestin, la pollution des cours d'eau et le trafic de drogue en Côte d'Ivoire.
Convoqué le mercredi 9 septembre au Service des enquêtes générales de la Préfecture de police d'Abidjan, Justin Katinan Koné s'y est présenté accompagné de ses avocats, conformément à l'article 90 nouveau du Code de procédure pénale. Après plusieurs heures d'audition, il a été placé en garde à vue.

Une bascule vers des chefs d'inculpation nettement plus lourds

C'est à l'issue de cette garde à vue que le dossier a pris une tout autre dimension. Selon le communiqué du parquet, le Procureur de la République a profité de cette audition pour instruire les officiers de police judiciaire d'interroger également Justin Katinan Koné sur sa participation présumée aux troubles survenus durant la période électorale de 2025. Une référence directe à un communiqué du 24 octobre 2025, dans lequel le parquet avait averti que les auteurs, complices et commanditaires des violences électorales seraient "recherchés, interpellés et jugés", quelle que soit leur qualité.
Au terme de cette instruction, une information judiciaire a été ouverte contre Justin Katinan Koné à la Section Antiterroriste du Tribunal d'Abidjan. Les chefs d'inculpation retenus sont particulièrement lourds : actes terroristes, attentat contre l'autorité de l'État, complot contre l'autorité de l'État, participation à un mouvement insurrectionnel, atteinte à l'ordre public, apologie des crimes de meurtre, attroupement armé et non armé, participation et organisation d'une manifestation interdite, ainsi qu'incendie volontaire de véhicule appartenant à autrui. Ces faits sont visés par les articles 3, 8 et 10 de la loi n°2024-360 du 11 juin 2024 portant répression du terrorisme, ainsi que par une douzaine d'articles du Code pénal ivoirien.
Communique du procureur Mandat de depot Katina
Communique du procureur sur le mandat de dépôt Koné Katina

Le gouvernement se démarque du RHDP

La procédure a suscité de vives réactions dans la classe politique ivoirienne. Interrogé lors du compte rendu du Conseil des ministres du 9 septembre, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a tenu à établir une distinction claire entre l'exécutif et le parti au pouvoir à l'origine de la plainte initiale. "Le gouvernement n'a pas porté plainte. Et à ce que je sache, le gouvernement n'a pas été indexé", a-t-il déclaré, précisant que si l'État s'était estimé diffamé, il aurait engagé lui-même les démarches judiciaires appropriées.
Cette clarification intervient alors que la procédure, initialement circonscrite à une plainte pour diffamation portée par un parti politique, a débouché sur l'ouverture d'une information judiciaire pour des faits sans rapport apparent avec l'objet initial de la plainte. Une évolution qui n'a pas manqué d'alimenter la controverse.

Le PPA-CI dénonce une "dérive dictatoriale"

Du côté du PPA-CI, la réaction a été à la hauteur de la gravité des faits reprochés à son cadre. Dans un communiqué daté du 10 septembre 2026, le parti de l'ancien président Laurent Gbagbo a exprimé sa "solidarité indéfectible" à Justin Katinan Koné, qualifié de "camarade emprisonné pour son opinion", et a dénoncé ce qu'il présente comme des "pratiques dictatoriales du régime RHDP" faisant peser, selon lui, de "graves menaces" sur la paix sociale et la cohésion nationale.
Le parti a par ailleurs annoncé se réserver "le droit de prendre toutes mesures appropriées" et d'alerter les organisations nationales et internationales de défense des droits humains, tout en appelant ses militants et sympathisants à rester mobilisés.

Une affaire à suivre

À ce stade, l'instruction judiciaire ouverte à la Section Antiterroriste du Tribunal d'Abidjan ne fait que commencer. Comme le veut la procédure, Justin Katinan Koné devra être entendu par un juge d'instruction, qui aura la charge d'instruire à charge et à décharge avant toute décision sur le fond. Aucune date d'audience n'a pour l'heure été communiquée par les autorités judiciaires.
Cette affaire s'inscrit dans un climat politique déjà tendu en Côte d'Ivoire depuis l'élection présidentielle de 2025, marquée par des violences dont le bilan et les responsabilités continuent, un an plus tard, de nourrir un contentieux judiciaire et politique entre le pouvoir et une partie de l'opposition.
Abidjan4all suivra l'évolution de ce dossier et reviendra vers ses lecteurs à mesure que de nouveaux éléments seront rendus publics.
APAnge Pascal — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Politique
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