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Brésil : Lula et Flavio Bolsonaro au coude à coude pour un premier tour sous l'œil de Washington

Près de 160 millions de Brésiliens votent ce dimanche 4 octobre pour un premier tour que les sondages annoncent très serré entre le président sortant Lula et Flavio Bolsonaro, fils de l'ex-président condamné pour tentative de coup d'État. Un second tour, le 25 octobre, paraît probable. Les résultats ne sont pas connus au moment de la rédaction.

JGJunior Gnapié4 octobre 2026⏱ 4 min de lectureLu 17 foisPolitique
Le palais du Planalto, siège de la présidence brésilienne, à Brasília
📷 Illustration : Le palais du Planalto, siège de la présidence, à Brasília.
Les bureaux de vote sont ouverts au Brésil. Ce dimanche 4 octobre, plus de 160 millions d'électeurs choisissent leur président, et la partie s'annonce aussi serrée qu'en 2022. Le chef de l'État sortant, Luiz Inácio Lula da Silva, 80 ans, brigue un quatrième mandat non consécutif. En face, le sénateur conservateur Flavio Bolsonaro, 45 ans, porte le mouvement de son père Jair, aujourd'hui en résidence surveillée après une condamnation à 27 ans de prison pour tentative de coup d'État.

Une avance de quatre points, dans la marge d'erreur

Selon le dernier sondage Datafolha cité par CNews, Lula recueille 42 % des intentions de vote contre 38 % pour Flavio Bolsonaro. L'écart tient depuis quelques semaines, mais la marge d'erreur de 2 points pourrait ramener les deux hommes à égalité. France 24 note qu'aucun des deux n'approche les 50 %, ce qui suggère qu'une seconde manche sera nécessaire.
Le scrutin est uninominal à deux tours. Faute de majorité absolue dimanche, les deux premiers s'affrontent le 25 octobre. Datafolha donne alors Lula vainqueur à 48 % contre 45 %, un avantage plus mince encore. Chacun affirme pourtant croire à une victoire dès le premier tour : Lula a promis de « gagner demain », et Flavio Bolsonaro a appelé ses partisans à trancher « en une seule fois ».
Les deux candidats ont clos leur campagne samedi par de grands rassemblements. Lula a fait défiler une marée rouge sur l'avenue Paulista à São Paulo. Flavio Bolsonaro a mené, vêtu du maillot jaune de la Seleção, une « caravane de la victoire » d'une vingtaine de kilomètres à bord d'un camion, entre Santa Bárbara d'Oeste et Americana. Aucun débat télévisé ne les a opposés directement.

Les enjeux : sécurité, argent, justice

D'après NPR, l'insécurité est l'une des premières préoccupations des électeurs. Flavio Bolsonaro défend une ligne dure, qu'il a laissé entendre pouvoir inclure une coopération avec l'armée américaine. Lula préfère viser les financeurs des gangs et se dit méfiant face à l'influence de pays étrangers sur la politique de sécurité brésilienne.
La corruption pèse aussi. Des enquêtes récentes ont mis au jour des liens présumés entre un ex-banquier emprisonné et des magistrats de la Cour suprême ainsi que des responsables politiques. Flavio Bolsonaro, qui a négocié un transfert d'argent de ce banquier, est visé par une enquête pour blanchiment, ce qu'il nie. Ses adversaires rappellent de leur côté que Lula a passé 2018-2019 en prison pour corruption, une condamnation annulée en 2021 pour vice de procédure. Quant à l'économie, la croissance a ralenti depuis les débuts du gouvernement Lula.
L'élection a aussi une portée judiciaire. Flavio Bolsonaro promet de gracier son père s'il est élu. Et le prochain président devrait nommer quatre des onze juges de la Cour suprême, ce qui lui donnerait une influence durable sur l'institution.

Washington, acteur inattendu de la campagne

Les États-Unis occupent une place rare dans ce scrutin. Donald Trump, qui dit suivre l'élection « de très près », n'a pas soutenu ouvertement Flavio Bolsonaro, mais l'a reçu à la Maison-Blanche en mai. L'an dernier, il avait invoqué le procès de Jair Bolsonaro pour relever de 40 % les droits de douane sur les produits brésiliens, rappelle NPR. En juillet, Lula a accusé Washington de vouloir semer le doute sur la fiabilité des urnes électroniques ; le département d'État a répondu qu'il s'agissait d'un « mensonge sans fondement ».
Lula a fait de la souveraineté un thème central. Flavio Bolsonaro, lui, espère profiter d'une vague de droite qui, selon France 24, a déjà touché l'Argentine et la Colombie, avec la bienveillance de l'administration américaine.

Ce qu'il faut guetter ce soir

Le vote électronique permet généralement de connaître en quelques heures qui ira au second tour. Un analyste d'AtlasIntel, Yuri Sanches, cité par NPR, avertit qu'une courte victoire de Lula pourrait pousser des partisans de Bolsonaro à contester le résultat. En 2022, Jair Bolsonaro avait mis près de 48 heures à reconnaître sa défaite, et l'invasion des lieux de pouvoir à Brasília, le 8 janvier 2023, reste dans toutes les mémoires.
Pour l'Afrique, le résultat compte au-delà du symbole : le Brésil est une puissance agricole et un partenaire commercial de plusieurs pays du continent, la Côte d'Ivoire comprise sur le marché du cacao, dont il est devenu un concurrent. Les prochaines heures diront si le pays tranche dès dimanche ou s'il doit patienter jusqu'au 25 octobre.
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