CEDEAO : les chefs d'état-major présentent un plan pour rendre opérationnelle la brigade antiterroriste
Réunis à Abuja le 12 octobre, les chefs d'état-major de la CEDEAO ont remis une feuille de route destinée à mettre sur pied la future brigade antiterroriste. Le document est encore en cours de finalisation : règles d'engagement, financement durable et chaîne de commandement restent à définir.
La brigade antiterroriste de la CEDEAO attend toujours son mode d'emploi. Lundi 12 octobre 2026 à Abuja, au Nigeria, les chefs d'état-major des armées de la région ont présenté à la Commission de l'organisation un plan d'action censé la rendre opérationnelle daté du 14 octobre. Le document n'est pas finalisé et laisse en suspens les questions les plus sensibles.
Une feuille de route encore en chantier
La présentation a eu lieu en marge de la passation de la présidence du Comité des chefs d'état-major de la défense (CCDS). C'est le lieutenant-général Amara Idara Bangoura qui a exposé les principales mesures. Elles portent sur une meilleure coordination sécuritaire entre les États membres et sur le renforcement des capacités de la Force en attente de la CEDEAO.
Le texte est décrit comme « en cours de finalisation ». Trois chantiers restent ouverts : les règles d'engagement des futures unités, les mécanismes de financement sur le long terme et la chaîne de commandement de la brigade. Autrement dit, ni le cadre juridique d'emploi des troupes, ni la manière de les payer, ni la question de savoir qui les dirige ne sont tranchés à ce stade.
Le Lac Tchad et le G5 Sahel comme références
Les planificateurs s'inspirent de la Force multinationale mixte du bassin du lac Tchad, engagée depuis 2015 contre Boko Haram. Ils tirent aussi les leçons des difficultés financières de l'ancienne Force conjointe du G5 Sahel, dont les ressources n'ont pas suivi les ambitions affichées au départ.
Le choix de ces deux références est révélateur. La première montre qu'une coalition régionale peut durer, mais au prix d'un partage lourd des coûts entre pays voisins. La seconde rappelle qu'une force sans financement stable s'essouffle vite. Le G5 Sahel, créé en 2017, a perdu de sa substance après le retrait de plusieurs de ses membres.
Le poids du Nigeria
L'article désigne le Nigeria comme le premier contributeur militaire et budgétaire de la Communauté. Des échanges à Abuja entre le nouveau président du CCDS et le chef d'état-major de la défense nigérian sont présentés comme importants pour le financement et la continuité du projet. Sans la participation de la première armée de la région, une brigade régionale aurait peu de chances de tenir dans la durée.
Passation à la tête du Comité
Le vice-amiral Oumar Wade, chef d'état-major général des armées du Sénégal, succède au lieutenant-général Bangoura à la présidence du CCDS. Les documents de passation ont été remis au président de la Commission, le général Birame Diop, qui s'est engagé à soutenir le nouveau président, d'après RTI.
Un projet annoncé depuis août 2025
L'idée n'est pas nouvelle. Le projet d'une force antiterroriste de déploiement rapide a été présenté en août 2025 à Abuja, lors du premier sommet des chefs d'état-major africains, au nom de la Commission de la CEDEAO. Les chiffres avancés depuis ont varié. Selon l'Africa Defense Forum, qui citait en mai 2026 les annonces de l'organisation, celle-ci évoquait une brigade de 260 000 militaires tout en maintenant un projet distinct de 5 000 hommes dans le cadre de l'architecture de paix et de sécurité de l'Union africaine. Le magazine ne concilie pas ces deux chiffres.
Il rapporte aussi un coût estimé à 2,5 milliards de dollars par an, d'après le quotidien nigérian Vanguard, et relève que l'organisation demande un soutien à des partenaires bilatéraux et multilatéraux. Ces montants n'apparaissent pas dans l'article de RTI et ne peuvent donc pas être rattachés au plan présenté le 12 octobre. Rien ne permet de dire, à partir des sources consultées, quelle taille la brigade aura finalement.
Pourquoi cela compte pour la Côte d'Ivoire
La menace djihadiste s'est déplacée vers le sud du Sahel. L'ACLED, cité par l'Africa Defense Forum, estime que les forces de sécurité sont dépassées dans les zones frontalières entre le Bénin, le Niger et le Nigeria, où le JNIM et l'État islamique au Sahel étendent leur présence. Pour les pays côtiers du golfe de Guinée, dont la Côte d'Ivoire, la question de la coordination régionale n'a donc rien d'abstrait : les frontières du nord sont directement concernées par ces dynamiques.
Reste à voir si la CEDEAO parviendra à transformer un plan en force réelle. Les prochaines étapes à suivre sont la publication du document finalisé, la définition de la chaîne de commandement et l'annonce d'un mode de financement, trois points sur lesquels l'organisation n'a pas encore communiqué.