Il s'est éteint dans l'après-midi, des suites d'une longue maladie, à la Polyclinique internationale Sainte Anne-Marie (PISAM), où il avait été évacué pour des raisons de santé. Sa disparition endeuille la classe politique ivoirienne, qu'il a traversée de bout en bout, de l'opposition clandestine des années Houphouët jusqu'aux responsabilités gouvernementales sous Alassane Ouattara.
Né vers 1945 dans la région de Gagnoa, Louis-André Dacoury-Tabley fait son entrée en sixième à Abidjan en 1957, après le petit séminaire de Gagnoa. Son père, Jean Dacoury-Tabley, meurt l'année suivante. Cette disparition, a-t-il raconté, a été pour lui un électrochoc. Il garde de lui le conseil qu'il lui avait donné peu avant sa mort : l'héritage ne se limite pas aux biens matériels.
Son nom reste attaché aux premières heures du combat pour le multipartisme. Avec Laurent Gbagbo, Simone Ehivet et Anaky Kobena notamment, il compte parmi les membres fondateurs du FPI. Il y demeure neuf ans, longtemps chargé de la sécurité du parti, à une époque où ouvrir une formation d'opposition demandait du courage. Il considérait alors Laurent Gbagbo comme un ami et un frère. Les deux hommes se sépareront par la suite.
Après le coup d'État manqué du 19 septembre 2002, Louis-André Dacoury-Tabley annonce, en novembre de la même année, son ralliement au Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), la rébellion devenue ensuite les Forces nouvelles. Il en sera le secrétaire général pendant toute la crise politico-militaire, de 2002 à 2011, et prendra part aux efforts pour régler cette crise, notamment lors des pourparlers de Lomé. Cette période fut aussi marquée par une douleur familiale : son frère, le docteur Benoît Dacoury-Tabley, a été retrouvé mort en novembre 2002, alors que lui-même participait aux pourparlers de Lomé. Le souvenir de ces événements fut si présent qu'il resta longtemps sans retourner dans la maison familiale de Gagnoa.
La paix revenue, il met son expérience au service des institutions. Il est d'abord ministre des Eaux et Forêts, puis le président Alassane Ouattara le nomme, le 18 juin 2021, ministre-gouverneur du district du Gôh-Djiboua. Il a ainsi servi sa région natale jusqu'à ses dernières années.
Peu de responsables ivoiriens auront connu autant de camps successifs : l'opposition historique, la rébellion, puis le pouvoir. Ce parcours fait de lui un témoin direct des moments décisifs de l'histoire récente du pays : la naissance du pluralisme, la fracture de 2002, les négociations qui ont suivi, et la reconstruction institutionnelle. Louis-André Dacoury-Tabley laisse le souvenir d'un acteur qui aura traversé, de bout en bout, les turbulences de l'histoire politique récente. Le district autonome du Gôh-Djiboua, qu'il dirigeait, est en deuil.









