Ce devait être une grande journée de revendications, à six mois de l’élection présidentielle. Elle restera surtout, pour beaucoup de Français, celle des images de fumée au-dessus d’un hôtel de ville et de vitrines éventrées. Samedi 17 octobre, des cortèges ont défilé dans tout le pays contre la hausse du coût de la vie et pour davantage de moyens pour l’éducation. Les autorités en attendaient quelque 200 000. Selon plusieurs estimations, la mobilisation a finalement rassemblé entre 550 000 et 800 000 personnes, avant que des violences n’éclatent en marge des défilés, notamment à Paris, à Lyon et à Marseille.
Un mouvement né dans les lycées
Le mouvement trouve son origine dans des blocus lycéens apparus fin septembre en Seine-Saint-Denis, puis étendus à d’autres académies. Il s’est élargi, ces dernières semaines, à des étudiants et à des salariés inquiets pour leur pouvoir d’achat. Mardi 13 octobre encore, des élèves défilaient à Paris pour protester contre le manque de moyens dans les écoles. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait prévenu qu’il redoutait des « débordements ».
Limoges, Marseille : des lieux de pouvoir et des commerces visés
C’est à Limoges que la scène la plus frappante a été enregistrée : l’hôtel de ville, un édifice du XIXᵉ siècle, a été incendié en fin de manifestation. Le toit s’est effondré et une grande partie de la façade a disparu, selon les récits de presse. Les députés LFI de Haute-Vienne, Manon Meunier et Damien Maudet, ont dit assister « avec effroi » à l’incendie.
À Marseille, le ministre de l’Intérieur a évoqué des exactions commises par plusieurs milliers d’individus issus de l’ultragauche, rejoints ensuite par des délinquants qui ont pillé et saccagé de nombreux commerces. Il s’y rendra lundi. Laurent Nuñez a aussi relevé que la grande majorité des personnes interpellées étaient des majeurs, « loin » de l’appel lancé par le mouvement lycéen, et a distingué ces violences du mouvement des Gilets jaunes.
La réponse de l’exécutif
Dans la soirée, Emmanuel Macron a réagi sur le réseau X : « Aucune place pour la violence dans notre République. » Il a assuré que ceux qui avaient cassé, attaqué les préfectures et les commerces, pillé jusque dans les mairies, seraient poursuivis et punis, et il a renouvelé le soutien de la Nation aux forces de l’ordre. Il a dénoncé les « semeurs de chaos », qui, selon lui, empêchent ceux qui manifestent pacifiquement de se faire entendre.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a promis que le gouvernement ne se laisserait pas intimider et a mis en garde contre ce qu’il présente comme un « tour de chauffe » avant la présidentielle. Il a jugé que c’était un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd.
Une classe politique divisée
La journée a révélé une fracture nette. La droite et le centre dénoncent les violences et mettent en cause la responsabilité de La France insoumise. La gauche, de son côté, interroge la doctrine de maintien de l’ordre et la façon dont la journée a été encadrée. Jean-Luc Mélenchon s’en est pris frontalement au chef du gouvernement, lui lançant qu’il n’était « pas un homme d’État », après que Sébastien Lecornu eut qualifié de « dangereuse » la mise en cause des chefs de la police. Le socialiste Raphaël Glucksmann a, lui, estimé que « c’est la République qui est attaquée ».
Au-delà des polémiques, des questions concrètes restent ouvertes : le coût des destructions pour les collectivités, la reconstruction de l’hôtel de ville de Limoges, la tenue des prochaines mobilisations, et la capacité du pouvoir à répondre à la colère sociale qui a nourri le mouvement sans la confondre avec les casseurs. Les procédures judiciaires, elles, s’ouvrent : les gardes à vue se poursuivent dans plusieurs villes, et les bilans définitifs ne sont pas encore connus.









