La Côte d'Ivoire et le Mali viennent de franchir une étape déterminante dans la gestion de leur voisinage immédiat. Réunie à Bamako du 21 au 25 août 2026 pour sa quatrième session, la Commission technique mixte de matérialisation de la frontière entre les deux pays a adopté, de façon consensuelle, le tracé définitif de leur frontière commune, ainsi que l'avant-projet du Traité de délimitation qui doit l'accompagner. Les deux délégations ont également validé le schéma du canevas de base destiné à servir de référence pour les futures opérations de démarcation et d'installation des bornes frontalières sur le terrain.
Ces cinq jours de travaux techniques intensifs s'inscrivaient dans le prolongement de la mission conjointe de reconnaissance technique menée du 12 au 19 avril 2026 dans la zone frontalière de Pogo, côté ivoirien, et de Zégoua, côté malien — un secteur où certaines portions du tracé faisaient jusqu'ici l'objet d'interprétations divergentes entre les deux États. « Nous franchissons un cap historique. Ce tracé, désormais clair et partagé, est le fruit d'un travail rigoureux et d'une volonté commune de faire de notre frontière un espace de paix et de coopération », a déclaré Diakalidia Konaté, secrétaire exécutif de la Commission nationale des frontières de Côte d'Ivoire (CNFCI), qui a conduit la délégation ivoirienne à Bamako. Cette avancée constitue l'aboutissement d'un processus engagé de longue date entre les deux pays : dès juin 2026, à l'occasion de la Journée africaine des frontières, M. Konaté indiquait déjà que plus de 90 % du tracé frontalier entre les deux pays faisait l'objet d'un accord. Les 25 % restants, souvent situés dans des zones agricoles, pastorales ou minières sensibles, nécessitaient un travail plus minutieux de conciliation technique, aujourd'hui en grande partie achevé grâce aux travaux menés à Bamako. Au-delà de sa dimension strictement cartographique, cette délimitation répond à des enjeux très concrets pour les populations riveraines des deux pays. La zone frontalière ivoiro-malienne est en effet confrontée à des problématiques récurrentes liées au foncier rural, à la transhumance et aux relations parfois tendues entre agriculteurs et éleveurs, ainsi qu'à la mobilité quotidienne des populations entre les deux territoires. Une frontière clairement matérialisée doit permettre de mieux encadrer la gestion de ces questions sensibles, de sécuriser les investissements dans les zones minières concernées et de renforcer la coopération sécuritaire entre Abidjan et Bamako, dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires transfrontaliers persistants dans le nord de la Côte d'Ivoire. La prochaine étape de ce processus sera la signature officielle du Traité de délimitation par les gouvernements ivoirien et malien, avant le déploiement, sur le terrain, des opérations techniques de matérialisation de la ligne frontalière. Selon les informations communiquées, la mise en place effective du canevas de base est prévue avant la fin de l'année 2026, une échéance qui marquera le passage de l'accord technique à sa traduction juridique et concrète pour les populations des deux pays. Cette démarche s'inscrit par ailleurs dans le cadre plus large du Programme frontière de l'Union africaine, qui encourage l'ensemble des États du continent à engager des processus de délimitation, de démarcation et de coopération transfrontalière, afin de prévenir les conflits liés aux limites héritées de la période coloniale. Pour la Côte d'Ivoire, cette avancée avec le Mali fait écho aux discussions similaires déjà engagées avec d'autres pays voisins, notamment le Burkina Faso, dont le tracé théorique de la frontière commune avait été adopté à 75 % dès 2024.







