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Sanctions contre la Russie : Trump les suspend par décret, Kyiv et le Congrès dénoncent un cadeau à Moscou

Dans la nuit du 16 octobre, Donald Trump a signé un décret qui suspend des sanctions contre la Russie censées entrer en vigueur deux jours plus tard. Dimanche, il a défendu son choix et accusé Volodymyr Zelensky de ne pas vouloir la paix, tandis que l'Ukraine lançait plus de mille drones sur le territoire russe.

JGJunior Gnapié19 octobre 2026⏱ 5 min de lectureLu 5 foisPolitique
Sanctions contre la Russie, Trump les suspend par décret
📷 Illustration : Sanctions contre la Russie, Trump les suspend par décret © Abidjan4all
Le président américain Donald Trump a suspendu, dans la nuit du vendredi 16 octobre 2026, un ensemble de sanctions visant la Russie qui devaient s'appliquer deux jours plus tard. Le geste, passé par un décret, a déclenché des critiques à Kyiv comme au sein de son propre camp républicain. Dimanche 18 octobre, sur son réseau Truth Social, le chef de l'État a maintenu sa position : il dit vouloir éviter de pousser Moscou à quitter la table des négociations.

Un décret qui gèle une loi récente

Selon les dépêches d'Al Jazeera et du Washington Post, le décret s'appuie sur la loi « Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act of 2026 », promulguée en septembre et baptisée du nom du sénateur républicain mort en juillet. Ce texte prévoyait de réduire les revenus qui financent l'effort de guerre russe. Il visait aussi les principaux acheteurs de pétrole et de gaz russes, avec des droits de douane pouvant aller jusqu'à 100 % sur leurs marchandises, et prolongeait des sanctions contre l'Iran.
Donald Trump invoque l'« intérêt national » sans le détailler. Les articles consultés ne précisent ni la liste exacte des entités et des pays touchés par la suspension, ni sa durée. Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, aurait indiqué que la Maison-Blanche pourrait prendre jusqu'à soixante jours pour réexaminer le dossier, un chiffre rapporté par un seul titre et qui reste à confirmer.

Le diesel russe en toile de fond

La décision arrive après plusieurs semaines de tensions sur les prix de l'énergie. Selon Al Jazeera, la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran depuis la fin février a de fait fermé le détroit d'Ormuz, par lequel passait un cinquième des exportations énergétiques mondiales avant le conflit. Le 9 octobre, Donald Trump a annoncé que la Russie fournirait plus de 300 000 tonnes de diesel aux marchés américain et mondiaux. Le Trésor américain a levé les sanctions sur le diesel russe et autorisé les ventes jusqu'en avril, d'après le Washington Post, qui estime que l'effet sur les prix à la pompe serait limité, ces volumes représentant une faible part de la consommation américaine.
Le calendrier politique pèse aussi : les élections de mi-mandat auront lieu le 3 novembre, et le coût de la vie préoccupe fortement les électeurs.

Une réprobation qui dépasse les clivages

Du côté républicain, le sénateur Thom Tillis a jugé la mesure « d'une irresponsabilité totale » (« beyond irresponsible »). John Cornyn a écrit que Lindsey Graham « serait consterné » par cette décision, qu'il juge imprudente pour la sécurité nationale. Chez les démocrates, le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, a ironisé sur un « cadeau d'anniversaire » fait à Vladimir Poutine, tandis qu'Elizabeth Warren a accusé le président de faire un pied de nez au Congrès et appelé ses collègues à annuler la décision. Don Beyer estime que Washington trahit ses partenaires ukrainiens. Une voix discordante : le républicain Thomas Massie s'est dit satisfait de voir presque toutes les dispositions russes de la loi levées.
À Moscou, l'émissaire Kirill Dmitriev a salué un moment « important et vraiment historique ». Le Congrès étant en vacances jusqu'après les élections, ses moyens de contester le décret sont limités à court terme. Un élu démocrate, Gregory Meeks, a toutefois déposé un projet de loi pour bloquer l'accord sur le diesel.

Trump contre Zelensky

Dimanche, Donald Trump a répondu aux critiques en affirmant vouloir garder la Russie à la table des discussions. Il a reproché à Kyiv de frapper des raffineries russes en sachant, dit-il, que cela « nuit gravement aux marchés mondiaux du diesel », et accusé Volodymyr Zelensky de ne pas vouloir mettre fin à la guerre. Invité de l'émission « Meet the Press » de NBC, le président ukrainien a répliqué que lever les sanctions « nuira à l'Ukraine » et renforcera l'effort de guerre de Vladimir Poutine. Il a dit faire confiance à Donald Trump, tout en jugeant qu'un alignement sur Moscou serait une « erreur historique », et indiqué que le partage de renseignements américain avait repris après une interruption. Il a aussi fait état d'échanges quasi permanents avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner sur les prochaines étapes diplomatiques.
La « trêve énergétique » annoncée par le président américain le 11 octobre n'a pas tenu. Zelensky a déclaré au Financial Times qu'il en avait « fini » avec elle, affirmant que la Russie avait poursuivi ses frappes pendant que son pays s'abstenait de toucher aux installations énergétiques russes. Il compte 76 attaques russes sur le secteur énergétique ukrainien depuis cette annonce.

Mille drones sur la Russie

Dans la nuit de samedi à dimanche puis lundi, l'Ukraine a lancé une attaque de drones d'une ampleur inhabituelle. Le ministère russe de la Défense dit avoir neutralisé 1 015 appareils au-dessus de quinze régions, de la Crimée et de la mer Noire. À Saint-Pétersbourg, le gouverneur Alexandre Beglov a parlé d'une attaque « massive » : des incendies ont touché le terminal pétrolier, le dépôt de Ruchi et des entrepôts du district de Kolpino, des immeubles d'habitation ont été atteints et le trafic de l'aéroport a été perturbé. Au moins une personne a été tuée et cinq blessées, selon le bilan relayé par les agences. Dans la région de Leningrad, environ 20 000 personnes ont perdu l'électricité.
La Russie a de son côté frappé Kyiv dans la nuit du 19 octobre : le maire Vitali Klitschko fait état d'une femme tuée, d'une station de métro touchée et d'un immeuble de 25 étages endommagé. Ces bilans proviennent des autorités de chaque camp et n'ont pas été vérifiés de manière indépendante.

Ce que cela change pour l'Afrique

Plusieurs pays africains importent du diesel ou des engrais russes et subissent directement la volatilité des prix du carburant. Un allègement des sanctions pourrait, en théorie, détendre ces marchés ; à l'inverse, la poursuite des frappes sur les raffineries et les terminaux russes les expose à de nouvelles perturbations. Rien dans les sources consultées ne permet pour l'instant de chiffrer un effet sur les économies africaines, dont celle de la Côte d'Ivoire.
La suite dépendra de la durée réelle de la suspension, de la réaction du Congrès à son retour après le 3 novembre et de l'issue des pourparlers entre émissaires américains, ukrainiens et russes.
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