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Sankara, trente-neuf ans après : Mélenchon vient revendiquer son héritage devant le mémorial de Ouagadougou

Le 15 octobre 1987, le capitaine Thomas Sankara était assassiné à Ouagadougou. Jour pour jour, trente-neuf ans plus tard, Jean-Luc Mélenchon s'est recueilli devant le mémorial qui porte son nom et a inscrit le mouvement insoumis dans la filiation de l'ancien président burkinabè.

APAnge Pascal15 octobre 2026⏱ 3 min de lectureLu 8 foisPolitique
Thomas Sankara, président du Burkina Faso de 1983 à 1987
📷 Illustration : Thomas Sankara, président du Burkina Faso de 1983 à 1987. © Wakat Séra
Certaines dates ne s'effacent pas. Le 15 octobre 1987, le président du Burkina Faso, Thomas Sankara, était abattu avec plusieurs de ses compagnons au siège du Conseil de l'Entente, à Ouagadougou. Il avait 37 ans et dirigeait le pays depuis août 1983. Ce jeudi, c'est sur ce lieu devenu mémorial qu'une délégation française de La France insoumise a pris la parole.
Jean-Luc Mélenchon était accompagné des députés Bastien Lachaud, élu de Seine-Saint-Denis, et Mathilde Panot, élue du Val-de-Marne. Leur déplacement forme un « cycle », selon les mots de l'ancien candidat à la présidentielle : une rencontre avec le Balai citoyen, la visite du mémorial, puis une conférence prévue mercredi à l'Université de Ouagadougou. Il en attribue l'initiative à Mathilde Panot, qui avait fait voter par le groupe insoumis, dès le début de la législature, une démarche réclamant que la lumière soit faite sur les conditions de l'assassinat de Sankara.

« Venir apprendre, pas donner des leçons »

Le ton choisi est celui de la déférence. « Nous sommes venus apprendre », a répété l'orateur, en refusant les « mélopées de la nostalgie ». Pour lui, l'insoumission n'est pas un désordre permanent mais « le refus de la résignation ». Il compare les quatre années de pouvoir de Sankara aux quatre premières années de la Révolution française, entre la convocation des États généraux en mai 1789 et la chute de Robespierre : un temps bref, mais dont les leçons continuent de travailler les consciences.
Le leader insoumis range ensuite Sankara parmi les précurseurs de trois combats : l'écologie, la souveraineté alimentaire et le féminisme. Il salue la « bande verte » et l'idée de planter un arbre pour chaque événement de la vie, geste intime qui rattache chacun à un projet collectif. Il rappelle aussi que ces thèmes n'occupaient guère le débat public, en Afrique comme en Europe, à la fin des années 1980.

Un message adressé à la France

Le discours vise autant Paris que Ouagadougou. Mélenchon affirme que la France a perdu sa souveraineté alimentaire et l'invite à « regarder dans son assiette ». C'est une position politique, que les spécialistes de l'agriculture nuancent : le pays reste un grand exportateur de céréales, même s'il importe une part importante de ses fruits et légumes. Il évoque également les sécheresses et les épisodes méditerranéens qui frappent désormais le territoire français, pour dire que « c'est notre tour » d'affronter ce que le Sahel connaît depuis des générations.
Autre passage notable : la langue. Mélenchon remercie Sankara d'avoir, dit-il, libéré la francophonie des « manipulations politiciennes » et des « volontés impériales ». La langue française, plaide-t-il, peut servir à se libérer et non seulement à dominer. Il prend soin d'ajouter qu'il n'a « pas l'intention de se mêler de politique burkinabè ».

Une mémoire qui cherche encore sa justice

Ce rappel n'est pas anodin. L'assassinat de Sankara est resté longtemps sans réponse judiciaire. Un procès s'est finalement tenu à Ouagadougou, au terme duquel l'ancien président Blaise Compaoré a été condamné par contumace à la réclusion à perpétuité, en avril 2022. La demande de vérité portée par les insoumis français s'inscrit dans ce long combat pour la mémoire.
Reste que la récupération politique d'une figure aussi forte suscite toujours débat. Sankara appartient d'abord aux Burkinabè et, plus largement, aux Africains qui voient en lui un symbole d'intégrité et d'audace. Qu'un dirigeant européen s'en réclame dit beaucoup de la portée du personnage, trente-neuf ans après sa mort. Cela ne dit pas encore ce que l'on en fera.
La suite du déplacement, avec la conférence de mercredi, permettra de mesurer l'accueil réservé à cette démarche sur place. Le texte intégral de l'allocution est publié ci-dessous, sans modification.
APAnge Pascal — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Politique
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