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SantéOctobre rose

Cancer : le CNRAO d'Abidjan a reçu 15 936 patients, le gouvernement promet les mêmes chances à tous

Au 31 décembre 2025, le Centre national d'oncologie Alassane Ouattara avait accueilli 15 936 patients. Un communiqué du 12 octobre détaille le partenariat qui réduit le coût des anticancéreux et les soins d'accompagnement proposés. Reste une question que les chiffres publiés ne tranchent pas : qui peut réellement y accéder ?

KAKoffi Ange13 octobre 2026⏱ 3 min de lectureLu 14 foisSanté
Le CNRAO d'Abidjan
📷 Illustration : Le CNRAO d'Abidjan a reçu 15 936 patients © Abidjan4all
Le Centre national d'oncologie médicale et de radiothérapie Alassane Ouattara, le CNRAO, avait reçu 15 936 patients au 31 décembre 2025, depuis son ouverture. Le chiffre figure dans un communiqué du CICG publié le 12 octobre sur Abidjan.net, en plein mois d'Octobre rose, où le gouvernement affirme vouloir « les mêmes chances de survie pour tous les patients ».

Un médicament à plusieurs millions de francs

Le coût du traitement est le premier obstacle, et le communiqué le dit en chiffres. Les anticancéreux du laboratoire Roche coûtent entre 1 500 000 et 4 200 000 FCFA, administrés par perfusion toutes les deux ou trois semaines pendant au moins un an. Un partenariat a été signé avec le laboratoire en 2014 ; depuis 2019, il couvre tous les anticancéreux de la marque. Le laboratoire accorde en moyenne 55 % de réduction et, d'après le texte, l'État prend en charge le reste.
Le communiqué ne précise pas quelle part du « reste » revient effectivement aux patients, ni combien de personnes bénéficient du dispositif. C'est pourtant la donnée qui dirait si la promesse d'égalité tient.

Soigner autour de la tumeur

La prise en charge repose, selon le texte, sur cinq piliers : prévention et dépistage, plateau technique avancé, concertation pluridisciplinaire, soins d'accompagnement et accessibilité financière. Les soins d'accompagnement vont de la psychologie au soutien spirituel, en passant par le soutien social, le sport, la kinésithérapie, la socio-esthétique, la trichologie et la nutrition.
En 2019, la Fondation L'Oréal a équipé la cabine de socio-esthétique du centre et formé, d'après le communiqué, les onze premières socio-esthéticiennes en cancérologie d'Afrique subsaharienne. Un centre de nutrition « Dominique Ouattara », don de la Fondation Sifca, complète l'offre. La directrice du CNRAO, la Pr Judith Didi-Kouko Coulibaly, résume l'approche : « La personne est traitée de façon holistique. » Sur la socio-esthétique, elle dit : « C'est notre façon de lui dire qu'elle peut s'en sortir. » Une délégation ivoirienne a par ailleurs participé à la 70e conférence générale de l'Agence internationale de l'énergie atomique, à Vienne.

Dépister avant qu'il ne soit tard

Le message du dépistage vient d'une autre scène. Le 2 octobre, à l'hôtel Tiama au Plateau, la huitième conférence de lancement d'Octobre rose, organisée par trois clubs Rotary d'Abidjan, a donné la parole au Pr Adoubi Innocent, coordonnateur du Programme national de lutte contre le cancer. Selon Fraternité Matin, le registre national a enregistré 20 402 nouveaux cas en 2024. Chez les femmes dominent les cancers du sein, du col de l'utérus et colorectal ; chez les hommes, ceux de la prostate, du foie et colorectal.
Le Pr Adoubi a insisté : « Une tumeur de petite taille offre beaucoup plus de chances de guérison qu'un cancer découvert à un stade avancé. » Et : « Aucune personne n'est totalement à l'abri. » Le cancer de la prostate, a-t-il rappelé, est souvent diagnostiqué tard, parfois avec des métastases osseuses. Il a défendu l'extension de la vaccination contre le HPV et du dépistage du col, en citant les objectifs de l'OMS : 90 % des filles vaccinées, 70 % des femmes dépistées, 90 % des lésions ou cancers traités. Parmi les freins : les idées reçues, le manque d'information, l'éloignement des structures de santé et le coût du diagnostic.

Deux chiffres qui ne se comparent pas

Il faut se garder d'additionner. Les 15 936 patients du CNRAO sont un cumul depuis l'ouverture, à une date que le communiqué ne donne pas ; les 20 402 nouveaux cas sont ceux d'une seule année, pour tout le pays. Combien de malades sont traités chaque année, dans quels délais, ni à quelle distance de chez eux, sont autant de questions restées sans réponses. Pour que « les mêmes chances » ne reste pas un slogan d'octobre, ce sont ces chiffres-là qu'il faudra rendre publics.
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