Il y a des cérémonies de remise de diplôme que l'on oublie vite. Et il y a celles où l'on se surprend à applaudir debout. Celle du samedi 10 octobre 2026, dans l'amphithéâtre Idriss Déby Itno du campus de l'Université d'Abomey-Calavi, appartient clairement à la seconde catégorie. Ce jour-là, Ignace N'Vêkounou, 73 ans, a revêtu la toge doctorale devant un amphithéâtre comble, étudiants, enseignants, familles et amis réunis pour célébrer un homme qui a décidé, passé l'âge de la retraite, de rouvrir le grand livre du savoir.
Une thèse soutenue à Vilnius
Le doctorat d'Ignace N'Vêkounou a été validé le lundi 15 juin 2026, à l'issue de la soutenance de sa thèse à l'Université internationale d'études fondamentales de Vilnius, en Lituanie. Son sujet : « Le bien-être physique et mental par la massothérapie et l'hydrothérapie du côlon en naturopathie ». La cérémonie officielle de remise du diplôme, organisée quelques mois plus tard au Bénin, a permis de célébrer l'événement au plus près de ses proches.
L'initiative en revient au professeur Corneille Dagba, vice-doyen de la Faculté de médecine intégrative de l'université lituanienne, qui a ouvert la série des discours. À sa manière, par un récit imagé, il a décrit une université « à la recherche d'une clé pour ouvrir la porte du savoir, sans distinction de rang social ou d'âge ». Cette clé, a-t-il suggéré, c'est précisément Ignace N'Vêkounou. Le professeur Dagba s'est dit convaincu que son parcours suscitera des vocations : beaucoup, selon lui, viendront désormais s'inscrire pour transformer leur rêve d'études en réalité.

« Le dernier pas, nous le ferons ensemble »
Directeur de thèse du nouveau docteur et vice-recteur de l'établissement, le professeur Olivier Pons n'a pas caché son admiration. Lorsqu'on lui a présenté ce projet de thèse, il a demandé à consulter le curriculum vitæ du candidat. « Il était à la fois long et impressionnant », a-t-il raconté. Convaincu d'avoir devant lui quelqu'un qui avait déjà parcouru bien du chemin dans la recherche, il a accepté de l'accompagner pour, dit-il, « faire le dernier pas ensemble ». Au fil des mois, la relation de maître à élève s'est muée en amitié. Le professeur Pons a notamment salué chez son doctorant la même passion et le même altruisme, qu'il s'agisse de préparer sa thèse ou de soigner ses patients. « L'Afrique en général, le Bénin en particulier, peut être fier de Docteur Ignace N'Vêkounou, un modèle de résilience et de probité intellectuelle », a-t-il conclu.
De 118 kilos au yoga, puis à la naturopathie
Prenant à son tour la parole, après avoir prêté le serment d'Hippocrate et reçu les principaux attributs du costume doctoral, le lauréat est revenu sur les origines de sa vocation. À 38 ans, il pesait 118 kilos et luttait contre l'obésité et l'hypertension artérielle. Après plusieurs tentatives infructueuses, il découvre le Hatha-Yoga, associé à des exercices correctifs, au contrôle du souffle et à quelques notions d'alimentation. En deux ans, la balance affiche 85 kilos. Ses proches s'y intéressent, et le déclic est là.
C'est alors que le docteur Lucien Coffy, biothérapeute, aromathérapeute et phytothérapeute installé en France depuis cinquante ans, ancien camarade de classe et ami de son grand frère Joseph, le prend sous son aile. Il le forme pendant deux ans à la massothérapie et à l'hydrothérapie du côlon. Fort de cette attestation, Ignace N'Vêkounou commence à accompagner ses semblables et crée à Pahou une organisation non gouvernementale, le « Club du bien-être et de la bonne silhouette ». Il se forme ensuite à la thérapie Zen Shiatsu auprès de feu Maître Francisco Thierry de Souza, bio-énergéticien et enseignant de yoga. De cette double filiation naîtra le nom de son centre, Yo.Stre.Ga, pour Yoga, Stretching, Gymnastique, Alimentation.

Un cursus universitaire tardif mais méthodique
Le tournant académique survient en 2016, lorsqu'il est identifié et invité à un congrès scientifique mondial à Genève, en Suisse. Cette invitation relance sa soif d'apprendre. Il obtient son Master 1 en 2021, son Master 2 en 2023, puis soutient sa thèse en 2026. Sa motivation tient en deux idées : la compassion envers les personnes qui souffrent et la conviction que, « quand on finit d'apprendre, on commence à vieillir ».
Dans son discours de remerciements, le nouveau docteur a tenu à citer ses mentors, le professeur Pons pour « son sens de partage et sa rigueur », le docteur Coffy pour « son altruisme », le professeur Dagba, qu'il décrit comme « l'artisan même de ce joyau », ainsi que sa compagne, Agossi Marcelline Blassou, pour son assistance et sa protection. Le docteur Coffy, venu témoigner, a qualifié son « frère-jumeau » d'homme « dans son temps », à qui s'ouvrent de belles perspectives.
Une discipline en quête de reconnaissance
La cérémonie s'est poursuivie par un cocktail et des tableaux folkloriques, avant une présentation de produits naturels et des démonstrations pratiques avec des patients présents dans la salle. La naturopathie, discipline dont l'encadrement juridique et les cursus varient sensiblement d'un pays à l'autre, suscite un intérêt croissant en Afrique comme ailleurs. Pour les participants, l'essentiel était ailleurs : dans le message d'un homme qui, à l'âge où beaucoup se reposent, prouve qu'il n'est jamais trop tard pour réaliser ses rêves.
Avec Héribert-Label Élisée Adjovi, témoin de l'événement









