C’est un cas qui illustre une inquiétude croissante des experts : des criminels n’ont plus besoin de développer leur propre intelligence artificielle pour mener des attaques à grande échelle ; ils peuvent combiner celles du marché. Telle est la conclusion que l’on peut tirer des travaux de Straiker, une société spécialisée dans la sécurité de l’IA, sur le groupe CyberCartel.
D’après Straiker, CyberCartel a monté un système baptisé CARLIY0S, bâti sur PentAGI, un outil open source de tests d’intrusion automatisés. Plusieurs modèles d’IA y jouent des rôles distincts : un « commandant » basé sur Claude répartit les tâches, quatre agents Claude discutent de chaque cible, un « arbitre » rend une décision unique, et cinq agents Grok, surnommés « mineurs », collectent des identifiants volés. Le modèle Kimi, de Moonshot AI, intervient aussi dans la chaîne. Selon la presse spécialisée, les agents auraient volé des mots de passe et des données clients et accédé à des comptes bancaires avec très peu d’intervention humaine, mais Straiker reste prudent sur l’ampleur réelle des intrusions.
Pour que les modèles acceptent de travailler, les opérateurs auraient présenté leurs attaques comme des tests de sécurité autorisés ou des exercices académiques. Lorsqu’un modèle refusait, le système basculait automatiquement vers un autre modèle ou vers du code d’attaque préparé à l’avance. Ce détail montre que les protections intégrées aux IA ne suffisent pas à elles seules face à des acteurs déterminés, qui peuvent les contourner par des mises en scène ou des alternatives.
Le 24 septembre, les équipes de Straiker ont pu récupérer un instantané de la base de données du groupe : 4 493 enregistrements, parmi lesquels des mots de passe et des clés d’API. Certains identifiants se rapportent à SPEI, le système de paiement interbancaire du Mexique. Straiker n’a pas nommé les institutions visées, et ne confirme pas que chacune des 400 cibles a été compromise. Son étude précise aussi que le rapport n’établit pas que Grok ait lui-même mené les intrusions.
Anthropic, qui développe Claude, affirme avoir enquêté et bloqué l’accès du groupe à ses modèles, après avoir été prévenue par Straiker ; des médias précisent qu’un identifiant d’accès a été révoqué. xAI a de son côté ouvert une enquête sur l’usage de Grok. Pour Ankur Shah, PDG de Straiker, cité par The Information, l’attaque a une sérieuse longueur d’avance sur la défense.
CyberCartel n’est pas un nouveau venu : le groupe est actif depuis au moins 2012. Il est connu pour louer des logiciels malveillants bancaires existants et cibler des clients de banques et de services publics en Amérique latine, notamment au Mexique et au Chili.
Les cibles décrites sont latino-américaines, mais l’architecture décrite est générique. En Afrique de l’Ouest, où banques, fintechs et services de mobile money se développent rapidement, l’enjeu est comparable : la défense devra s’appuyer elle aussi sur l’automatisation, la surveillance des accès accordés aux agents d’IA et la protection des identifiants. Les informations de cet article proviennent de l’étude de Straiker, de The Information et de médias spécialisés qui l’ont relayée ; les conclusions de Straiker n’ont pas, à ce jour, été vérifiées de façon indépendante.









