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À Ceuta, l'Espagne transfère des milliers de migrants des plages vers un camp portuaire

Plus d'un mois et demi après l'afflux de dizaines de milliers de migrants à Ceuta, l'Espagne a transféré, vendredi, les personnes qui vivaient encore sur les plages vers un camp de tentes installé dans le port. L'opération, marquée par des tensions, relance la controverse politique autour de la gestion de la crise.

JGJunior Gnapié21 septembre 20263 min de lectureLu 2 foisActualité
À Ceuta, l'Espagne transfère des milliers de migrants des plages vers un camp portuaire
📷 Illustration : À Ceuta, l'Espagne transfère des milliers de migrants des plages vers un camp portuaire © Orange actu
Plus d'un mois et demi après l'afflux de dizaines de milliers de migrants à Ceuta, fin juillet, les autorités espagnoles ont commencé, vendredi 18 septembre au petit matin, à transférer les personnes qui vivaient encore sur les plages de l'enclave vers un camp de tentes aménagé dans le port. L'opération, engagée vers 6h30 GMT, a mobilisé plusieurs patrouilles de la Guardia Civil pour rassembler les migrants et les escorter à pied sur environ deux kilomètres.
Le nouveau site, doté de douches, de sanitaires et de lits, peut accueillir jusqu'à 1 700 personnes. Or plus de 4 000 migrants se trouvaient sur les deux plages concernées, Trampolín et Benítez, selon Euronews : plusieurs vagues de transfert ont donc été nécessaires. À la mi-journée, le gouvernement espagnol a fait savoir que « toutes les places aménagées » avaient été affectées et que l'opération était terminée, portant à 6 000 le nombre total de places disponibles dans l'ensemble des structures temporaires de l'enclave.

Bousculades et tensions à l'ouverture du camp

Les premiers témoignages font état d'un début d'opération tendu. En arrivant sur la zone de Benítez, les migrants venus de la plage de Trampolín ont rejoint ceux qui s'y trouvaient déjà, provoquant un afflux soudain que les forces de l'ordre ont eu du mal à contenir, certains migrants se mettant à courir pour s'assurer une place.

« « Le port n'est pas un endroit sûr. » »

Ana Alarcón, porte-parole du syndicat de policiers SUP
L'avertissement vient d'Ana Alarcón, porte-parole du syndicat de policiers SUP, qui avait tenté sans succès de faire bloquer l'installation des tentes par la justice. Le tribunal national espagnol avait rejeté sa demande d'injonction jeudi, jugeant l'opération nécessaire. Pour sa part, le vice-président de Ceuta, Alejandro Ramírez, a accusé le gouvernement central d'improviser, estimant que « tout a été fait dans la précipitation » et relevant que les incidents recensés dans le port étaient passés de 80 à plus de 1 000 en cinquante jours.

Un désaccord jusque sur les chiffres

Du côté du gouvernement, le ministre de la Transformation numérique, Óscar López, a défendu une « étape clé » : reloger les migrants permettrait de les identifier plus rapidement et d'accélérer le traitement de leur dossier. Les autorités doivent en effet déterminer, personne par personne, qui a droit à l'asile et qui doit être renvoyé vers le Maroc.
Sur le nombre de migrants encore présents à Ceuta, les versions divergent : les autorités locales l'estiment à 13 000, un chiffre que le gouvernement central ne partage pas, sans toutefois en avancer un autre. Ce désaccord s'ajoute à une controverse plus politique : le Parti populaire et Vox réclament, depuis des semaines, l'expulsion vers le Maroc de l'ensemble des personnes en situation irrégulière arrivées fin juillet, quand plus de 70 000 personnes avaient franchi la frontière avant de repartir, pour la plupart, dans les heures suivantes.

Un bras de fer entre Madrid et l'administration locale

L'épisode dépasse la seule gestion humanitaire. Le port de Ceuta, jusqu'alors géré par l'administration locale, aux mains du Parti populaire, a été repris en main par le gouvernement de Pedro Sánchez face au refus de l'autorité portuaire de mettre les lieux à disposition. Cette crise, qui a débuté par l'arrivée de plus de 70 000 personnes en deux jours fin juillet dans un territoire de 80 000 habitants, continue ainsi d'alimenter les tensions entre l'exécutif socialiste à Madrid et l'opposition de droite et d'extrême droite, jusque dans ce petit bout d'Afrique du Nord sous souveraineté espagnole.
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