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Bases extraterrestres sous les océans : que valent vraiment les affirmations du député américain Tim Burchett ?

Une vidéo qui affirme que des extraterrestres vivraient depuis des millénaires dans cinq ou six bases sous-marines au large des États-Unis circule largement sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Elle s'appuie sur des déclarations bien réelles du député républicain américain Tim Burchett. Mais entre ce que l'élu a réellement dit et ce que la vidéo en tire comme théorie, il y a une marge que le journalisme se doit de rétablir.

JGJunior Gnapié29 septembre 2026⏱ 3 min de lectureLu 3 foisActualité
Bases extraterrestres sous les océans
📷 Illustration : Image fictive : Bases extraterrestres sous les océans © Abidjan4all
Tim Burchett n'est pas un inconnu du dossier. Élu de l'État du Tennessee à la Chambre des représentants depuis 2019, il est devenu ces dernières années l'une des figures les plus visibles du Congrès américain sur la question des phénomènes anomaux non identifiés (UAP, pour Unidentified Anomalous Phenomena, le nouveau terme officiel pour ce qu'on appelait autrefois les OVNIs). Membre de la commission de contrôle de la Chambre, il multiplie depuis 2023 les prises de parole publiques pour réclamer davantage de transparence de la part du Pentagone sur ces dossiers.
C'est dans ce cadre qu'il a effectivement évoqué, à plusieurs reprises depuis 2023 et encore récemment sur les plateaux de Newsmax, NewsNation ou lors d'un entretien avec son ancien collègue Matt Gaetz, l'existence possible de cinq ou six zones sous-marines où seraient concentrées des observations répétées d'objets non identifiés. Il affirme tenir ces informations de personnels de la Navy, dont un amiral, qui lui auraient rapporté la détection au sonar d'engins se déplaçant à plusieurs centaines de kilomètres/heure sous l'eau, l'un d'eux étant, selon ses propos, « aussi grand qu'un terrain de football ». Interrogé directement sur l'existence de bases sous-marines, l'élu a répondu sans détour : « Je le pense. »
Jusqu'ici, les faits sont vérifiables : ces citations sont bien attribuées à Tim Burchett par plusieurs médias américains, dont Newsweek et NewsNation. Là où la vidéo qui circule s'aventure beaucoup plus loin, c'est lorsqu'elle propose sa propre liste de six localisations précises pour ces bases supposées les Bahamas, le sud de la Californie, Porto Rico, la Floride, la côte est et l'Alaska, en s'appuyant sur des dossiers UFO déjà connus comme l'incident du « Tic-Tac » de 2004 ou les vidéos Gimbal et GoFast de la Navy. Or ces six lieux sont présentés par le vidéaste lui-même comme de simples hypothèses de sa fabrication, et non comme des informations venant de Tim Burchett, qui n'a jamais communiqué la moindre coordonnée.
Autre élément à replacer dans son contexte : Newsweek précise explicitement n'avoir « pas été en mesure de vérifier de façon indépendante » les affirmations du député, qui reposent sur des témoignages qu'il rapporte de tiers, sans preuve matérielle produite publiquement. Du côté des autorités, la position officielle est sans ambiguïté. Le bureau du Pentagone chargé d'enquêter sur ces phénomènes, l'AARO (All-Domain Anomaly Resolution Office), a publié en mars 2024 un rapport de 63 pages couvrant l'ensemble des signalements américains entre 1945 et 2023. Sa conclusion : aucune preuve vérifiable qu'un signalement d'UAP corresponde à une technologie extraterrestre, ni qu'un programme gouvernemental caché de rétro-ingénierie de technologie extraterrestre ait jamais existé. La plupart des cas non résolus, précise le rapport, s'expliqueraient par un manque de données plutôt que par une origine exotique.
Des scientifiques spécialisés dans l'analyse critique de ce type de dossiers, comme l'auteur américain Brian Dunning, rappellent par ailleurs que l'idée d'engins capables de manœuvrer aussi bien dans l'air que sous l'eau à des vitesses très supérieures à celles des meilleurs sous-marins militaires actuels pose d'importants problèmes physiques, non résolus par les témoignages rapportés jusqu'ici. En clair, le fond du dossier repose aujourd'hui sur des propos tenus par un élu, non corroborés publiquement par une preuve matérielle, et sur une théorie de localisation entièrement spéculative construite a posteriori par des créateurs de contenu. Une histoire qui mérite d'être suivie, mais certainement pas prise pour argent comptant.
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