Huit pays africains, dont trois d'Afrique de l'Ouest, vont accueillir de nouvelles « Maisons russes ». L'annonce est venue le 9 septembre de Rossotrudnichestvo, l'agence russe chargée de la diplomatie culturelle à l'étranger, qui dit avoir signé des accords de partenariat avec des organisations locales déjà installées sur le continent.
La liste, identique selon RFI et RT français : République démocratique du Congo, Sénégal, Togo, Mali, Kenya, Madagascar, Sao Tomé-et-Principe et Sierra Leone. Trois de ces pays, le Sénégal, le Togo et le Mali, se trouvent en Afrique de l'Ouest, où la présence culturelle et diplomatique russe reste, comparée à celle de la France ou de la Chine, relativement récente.
Cinq accords en 2024, huit de plus aujourd'hui
Ce n'est pas une première pour Moscou. Cinq partenariats similaires avaient déjà été signés en 2024. À cela s'ajoutent neuf antennes étatiques que Rossotrudnichestvo revendique directement sur le continent. L'agence elle-même est placée sous sanctions européennes depuis quatre ans.
Officiellement, la mission de ces centres se limite à « promouvoir et développer des projets autour de la langue, des sciences, de l'art, et des valeurs russes » : projections de films, pièces de théâtre, cours de langue russe. Un volet culturel classique, que RT français présente sans détour ni réserve, et que les sanctions européennes visant l'agence n'empêchent visiblement pas de continuer à se développer hors d'Europe.
Une lecture plus prudente à Paris
RFI, de son côté, ajoute un élément que RT n'évoque pas : ces instituts sont aussi soupçonnés d'activités parallèles, voire d'espionnage, par les services de renseignement européens. Une divergence qui n'a rien d'anodin, tant elle recoupe la ligne de fracture actuelle entre Moscou et plusieurs capitales européennes sur la nature réelle de ces centres culturels. RFI renvoie d'ailleurs, en lien connexe, vers un article consacré à la même question posée pour l'Europe : ces maisons russes y sont-elles de simples centres culturels, ou des relais discrets de l'influence du Kremlin ? La question, à en juger par le choix des mots de RFI, ne se limite pas au continent africain.
Le contexte y invite. Début septembre, sur fond de tensions croissantes entre l'Allemagne et la Russie, l'antenne berlinoise d'une structure similaire s'est vue signifier sa fermeture. Le Kremlin a répliqué par des mesures identiques contre des établissements allemands présents sur son sol. L'annonce des huit nouvelles Maisons russes en Afrique survient donc au moment même où le même type d'implantation se referme en Europe.
Pour l'Afrique de l'Ouest, l'enjeu dépasse la seule programmation culturelle. Neuf antennes étatiques, cinq partenariats signés en 2024, et maintenant huit accords supplémentaires : le rythme auquel Rossotrudnichestvo étend son réseau donne la mesure d'une stratégie pensée sur la durée, plutôt que d'une série d'initiatives ponctuelles. Ni RFI ni RT français ne précisent, à ce stade, de date d'ouverture effective pour les trois futures Maisons russes ouest-africaines : l'annonce porte sur la signature des accords, pas encore sur l'inauguration des lieux.
La fermeture, début septembre, de l'antenne berlinoise de Rossotrudnichestvo, et la réplique du Kremlin contre des établissements allemands en Russie, montrent en tout cas que ce type de structure peut devenir, du jour au lendemain, un instrument de rétorsion diplomatique. Reste à savoir si le Sénégal, le Togo et le Mali, qui accueilleront ces nouvelles Maisons russes, y verront un simple outil culturel ou un vecteur d'influence à surveiller de près.







