« Je veux que vous vous prépariez à l'impact, et ce n'est pas quelque chose que je dis à la légère. » Ainsi commence la vidéo qui fait le tour des téléphones depuis une semaine. L'homme qui parle, micro devant lui, est Glenn Beck, animateur conservateur américain très suivi à droite. Son émission date du 28 octobre. Elle a été doublée et sous-titrée en français par « Jocelyne P. Traduction ».
Qui est derrière la traduction ?
Jocelyne Pauliac anime depuis plusieurs années une chaîne Telegram qui traduit en français des vidéos venues surtout du monde anglophone. On y trouve des discours de responsables politiques conservateurs, comme Giorgia Meloni, mais aussi des personnalités contestataires, comme l'avocat allemand Reiner Fuellmich, connu pour ses thèses contestant la gestion du Covid. Le choix des contenus n'a rien de neutre : il privilégie les voix critiques des gouvernements occidentaux, des institutions européennes et des grands médias.
Le travail de traduction, lui, est soigné. Et c'est justement ce qui fait la force de ces vidéos : en français, avec un logo et une date, elles prennent l'allure d'une information sérieuse, alors qu'il s'agit d'un éditorial militant.
Ce qui est vrai dans la vidéo
Glenn Beck s'appuie d'abord sur des faits vérifiables. Le 22 octobre, le gouvernement britannique a lancé une campagne baptisée « Be Ready », qui conseille à chaque foyer de quoi tenir trois jours : eau, nourriture sans cuisson, lampe, radio, trousse de secours et un peu d'argent liquide. L'Union européenne recommande la même chose depuis mars 2025, la Suède a réédité sa brochure de crise, l'Allemagne conseille dix jours de réserves.
Aux États-Unis, le chef du Pentagone a lancé fin septembre un programme appelé FORTRESS, pour rendre les bases militaires indépendantes du réseau électrique civil. Selon Fox News, l'objectif serait de tenir 90 jours. Glenn Beck évoque aussi des arrestations au Royaume-Uni dans des complots attribués à l'Iran, que les autorités britanniques ont effectivement dénoncés.
Ce qui est faux ou tordu
Le problème vient du montage. Beck relie ces annonces comme si elles formaient un plan unique, préparant les populations à une guerre imminente. Rien ne le montre. Ces mesures ont été prises à des dates différentes, pour des raisons différentes, souvent d'abord face aux tempêtes, inondations et coupures d'électricité.
Plusieurs affirmations sont inexactes. La France n'est pas « un pays où un seul juge peut couper l'accès aux réseaux sociaux pour toute une nation » : c'est au Brésil qu'un juge avait suspendu X en 2024. Et nous n'avons trouvé aucune annonce européenne demandant de se préparer à « la fermeture de tous les réseaux sociaux ».
Un message d'abord américain
Surtout, la vidéo glisse rapidement vers la politique intérieure des États-Unis. Glenn Beck y parle d'immigration, d'« islamistes » et de « marxistes », avant d'appeler ses auditeurs à voter aux élections de mi-mandat du 3 novembre. Il insère même une publicité pour un moteur de recherche. Traduite en français, sans ce contexte, la vidéo perd sa véritable nature : celle d'un plaidoyer politique adressé à l'électorat conservateur américain.
Notre regard
On peut écouter Glenn Beck, comme on peut lire n'importe quel éditorialiste. Mais il faut savoir ce qu'on écoute. Ce n'est pas un bulletin d'alerte des autorités, c'est un commentaire engagé, qui mêle des faits réels à une lecture très orientée. Avant de partager, la question à se poser est simple : qui parle, à qui, et dans quel but ? Ici, la réponse est claire. Avoir de l'eau et une lampe chez soi reste un bon conseil. Céder à la panique, beaucoup moins.









