« Restez chez vous, gardez de l'eau, une radio et un peu d'argent liquide. » Il y a quelques années, ce genre de conseil aurait fait sourire. Aujourd'hui, il est officiel. Le Royaume-Uni a lancé le 22 octobre sa campagne « Be Ready ». L'Union européenne demande depuis 2025 à ses 450 millions d'habitants de pouvoir tenir 72 heures en autonomie. La Suède, la Finlande, l'Allemagne ou la France ont publié des guides de préparation. Aux États-Unis, le Pentagone veut que ses bases puissent fonctionner sans le réseau électrique civil. Et le 29 octobre, Vladimir Poutine affirmait à Moscou que la Russie était « prête », tout en disant ne vouloir « aucune guerre avec l'Europe ».
De quoi nourrir l'inquiétude. Sur les réseaux sociaux, la formule revient sans cesse : la troisième guerre mondiale approche. Mais elle risque de ne ressembler en rien aux deux premières.
Une guerre qui a déjà commencé
Le porte-parole du Pentagone l'a résumé en une phrase : « Power is combat now », l'énergie est devenue un champ de bataille. Car la vraie menace, pour les États, ce n'est plus seulement l'invasion terrestre. C'est la paralysie. Au Royaume-Uni, le centre national de cybersécurité a recensé plus de 200 incidents visant des infrastructures critiques entre juin 2025 et mai 2026, dont environ trois quarts liés à des acteurs étatiques, Russie, Chine et Iran en tête. Aux États-Unis, les autorités ont révélé dès 2024 que des pirates chinois s'étaient introduits dans des réseaux d'eau et d'énergie, prêts à les perturber en cas de conflit.
À cela s'ajoutent les câbles sous-marins endommagés en mer Baltique, les sabotages d'installations, et les vols massifs de cryptomonnaies au profit de la Corée du Nord, dont le FBI dit qu'ils financent son programme nucléaire. Aucune de ces attaques n'a été accompagnée d'une déclaration de guerre. Toutes affaiblissent les sociétés visées.
Pourquoi les kits de survie
C'est dans ce contexte qu'il faut lire les appels à se préparer. Une cyberattaque d'ampleur contre le réseau électrique couperait en cascade l'eau, les télécommunications, les paiements par carte, les pompes à essence. Les secours mettraient des jours à se réorganiser. D'où la règle des 72 heures : tenir seul le temps que l'État reprenne la main.
Il faut le dire clairement : une recommandation de préparation n'est pas l'annonce d'une catastrophe imminente. Ces mêmes kits servent aussi face aux tempêtes et aux inondations, de plus en plus fréquentes. Les gouvernements préparent leurs populations au pire pour éviter la panique, pas pour la provoquer.
L'Afrique, cible facile ?
Ce débat paraît lointain vu d'Abidjan. Il ne l'est pas. Nos économies sont parmi les plus dépendantes au numérique mobile au monde. En Côte d'Ivoire, une grande partie des paiements passe par le mobile money. Les réseaux télécoms reposent sur quelques opérateurs et quelques câbles sous-marins. Une attaque, ou même une simple panne majeure, aurait des effets immédiats : salaires bloqués, commerces à l'arrêt, transferts de la diaspora suspendus.
Les pirates le savent. Banques, administrations et opérateurs africains sont régulièrement visés par des rançongiciels. Le casse de la Banque centrale du Bangladesh, en 2016, a montré qu'un pays en développement pouvait perdre des dizaines de millions de dollars en une nuit. Et dans une guerre numérique entre grandes puissances, les dégâts collatéraux n'épargnent personne.
Se préparer sans paniquer
Faut-il avoir peur ? Non. Faut-il s'y préparer ? Oui. Pour les citoyens, cela signifie des gestes simples : garder un peu d'eau, de nourriture et d'argent liquide, une lampe et une radio, et savoir comment joindre ses proches sans Internet. Pour nos États, l'enjeu est bien plus lourd : investir dans la cybersécurité, diversifier les infrastructures, protéger les systèmes de paiement et former des experts.
La troisième guerre mondiale, si elle survient, ne se gagnera peut-être pas sur un champ de bataille. Elle se jouera sur la capacité des pays à garder la lumière allumée et les réseaux debout. L'Afrique a tout intérêt à s'y préparer maintenant, avant la première grande panne.









