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Cacao & MarchésCampagne cacaoyère 2026-2027

Cacao ivoirien : la campagne 2026-2027 démarre fort, la traçabilité toujours contestée

Plus de 50 000 tonnes de fèves déjà enregistrées dans le nouveau système de traçabilité national, des livraisons portuaires en hausse de moitié sur un an : les débuts de la campagne cacaoyère ivoirienne s'annoncent solides. Le dispositif censé garantir cette traçabilité, lui, continue de diviser filière et syndicat de producteurs.

JGJunior Gnapié26 septembre 2026⏱ 3 min de lectureLu 5 foisCacao & Marchés
Un cultivateur manipule des cabosses de cacao en Côte d'Ivoire
📷 Illustration : Cacao ivoirien : la campagne 2026-2027 démarre fort, la traçabilité toujours contestée

Un démarrage de campagne mieux loti qu'en 2025

Selon une note d'information du Conseil du café-cacao transmise à l'Agence ivoirienne de presse (AIP) le 22 septembre, 50 085 tonnes de fèves ont été achetées entre le 7 et le 20 septembre via le Système national de traçabilité (SNT), l'outil rendu obligatoire depuis l'ouverture de la campagne. Ces achats ont mobilisé 770 sociétés coopératives et acheteurs agréés auprès de 70 525 producteurs répartis sur l'ensemble du territoire.
En parallèle, 1 032 connaissements représentant un volume attendu de 40 947 tonnes ont déjà été validés par 40 exportateurs. Sur le terrain portuaire, 21 467 tonnes avaient été effectivement déchargées et réceptionnées à Abidjan et à San Pedro au 20 septembre, soit 7 302 tonnes de plus (51,6 %) que les 14 165 tonnes enregistrées à la même période en 2025.
Le Conseil du café-cacao souligne que ces résultats interviennent alors que septembre correspond traditionnellement à une période de faible activité dans les zones de production, la grande période de récolte n'intervenant qu'un peu plus tard dans l'année. L'institution table sur une accélération des opérations dans la semaine du 21 au 27 septembre, avec la reprise attendue de plusieurs exportateurs après la mise à disposition des financements de campagne par les banques.

Un enjeu commercial direct avec l'Union européenne

Le SNT n'est pas qu'un outil administratif. Il doit permettre à la filière ivoirienne — premier producteur mondial de cacao — de répondre à une échéance précise : l'entrée en vigueur, le 1er janvier 2027, du règlement européen sur les produits liés à la déforestation (RDUE), qui impose une traçabilité complète des fèves depuis leur parcelle d'origine jusqu'à l'exportation. L'Union européenne représente environ 70 % des débouchés du cacao ivoirien, une filière qui pèse 15 % du produit intérieur brut du pays et 40 % de ses recettes d'exportation, selon les chiffres communiqués par le Conseil du café-cacao. L'ambition affichée est de pouvoir exporter, à terme, un cacao « 100 % traçable ».

La fiabilité du système contestée par un syndicat de producteurs

Ce démarrage encourageant intervient toutefois dans un climat de tension avec une partie du monde paysan. Dans un communiqué daté du 18 septembre, le Conseil du café-cacao a dû monter au créneau pour défendre le SNT après des critiques publiques attribuées à Koné Moussa, président du Syndicat national des producteurs de cacao de Côte d'Ivoire (SYNAPCI), qui aurait dénoncé des dysfonctionnements et mis en cause la fiabilité du dispositif couplé à la carte du producteur.
L'institution a rejeté ces accusations, affirmant que le système « fonctionne normalement » et ne révèle « aucun problème de sécurité » depuis sa généralisation le 1er septembre. Elle est allée plus loin en rappelant un épisode antérieur : selon le Conseil, Koné Moussa avait déclaré publiquement en décembre 2025 l'existence de 700 000 tonnes de cacao disponibles sur le territoire, une annonce qui aurait contribué, selon l'institution, à faire baisser les cours sur le marché international — quantité que le Conseil affirme ne jamais avoir existé.
Au-delà de cette passe d'armes, dont chaque camp porte sa propre version, l'enjeu dépasse la seule querelle de chiffres. Pour les autorités ivoiriennes, le SNT est présenté comme un instrument de lutte contre les circuits frauduleux de commercialisation, dans une filière historiquement marquée par des pertes en cours de chaîne. Pour une partie des producteurs, en revanche, la numérisation rapide du système d'achat suscite des inquiétudes sur son application concrète dans les zones les plus reculées du pays.
Reste que les chiffres bruts de la campagne, lorsqu'ils seront confirmés dans la durée, donneront une indication plus fiable que les postures des uns et des autres sur la réalité du terrain. Les prochaines semaines, marquées par la montée en puissance attendue des exportateurs, seront à cet égard décisives.
JGJunior Gnapié — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Cacao & Marchés
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