Depuis le 1er mai, le cacao ivoirien entre en Chine sans droits de douane. La mesure, décidée par Pékin au profit de 53 pays africains, effaçait d'un coup des tarifs qui allaient jusqu'à 22 %. Fin juin, l'ambassade de Chine à Abidjan a organisé une séance d'information pour expliquer aux entreprises exportatrices ce que cela change concrètement.
L'ambassadeur de Chine en Côte d'Ivoire, Wu Jie, a présenté la mesure comme un levier direct de compétitivité pour les produits ivoiriens sur le marché chinois. Le cacao et la noix de cajou, jusque-là taxés entre 8 % et 22 % pour le premier et 10 % et 20 % pour la seconde, bénéficient désormais d'une suppression totale de ces droits. Les piments séchés et le café ivoiriens, eux, peuvent désormais entrer en Chine sans protocole bilatéral préalable, à condition de respecter les exigences phytosanitaires chinoises.
Au-delà du cacao : café, miel, fruits séchés
Wu Jie a cité d'autres filières à fort potentiel selon lui : le café des montagnes de Man, le miel, les fruits séchés. Pour accompagner les entreprises ivoiriennes dans cette ouverture, l'ambassade de Chine et l'Agence Côte d'Ivoire Export ont mis en place un mécanisme baptisé « Exporter vers la Chine », en vue notamment de la prochaine Exposition internationale des importations de Chine (CIIE), prévue en novembre à Shanghai.
Le conseiller économique et commercial de l'ambassade, Li Chengyao, a détaillé quatre engagements chinois pour la suite : poursuivre la vulgarisation de la politique de tarif zéro, servir d'interface entre opérateurs ivoiriens et autorités chinoises, promouvoir les produits ivoiriens auprès des acheteurs chinois, notamment via un reportage de la chaîne CCTV lors de la CIIE, et soutenir les négociations pour pérenniser cette politique au-delà des deux années initialement prévues.
Des échanges déjà en forte hausse
Les chiffres accompagnent le discours. En 2025, le volume des échanges commerciaux sino-ivoiriens a atteint 7,42 milliards de dollars, soit environ 4 266 milliards de francs CFA, en hausse de 46,9 % sur un an. Cette progression s'est poursuivie au premier trimestre 2026, avec une hausse de 41 %. Les autorités chinoises espèrent franchir le seuil des 10 milliards de dollars d'échanges cette année.
Un autre article, consacré à un sujet totalement différent, les nouveaux tarifs américains imposés à plusieurs pays africains au nom de la lutte contre le travail forcé, confirme en passant ce même fait : la Chine a bien ouvert, depuis le 1er mai 2026, un traitement à taux zéro pour 53 pays africains. Une convergence qui, sans rien démontrer sur les intentions de Pékin, situe la politique chinoise dans un contexte plus large : celui d'exportateurs africains qui, confrontés à un durcissement du côté américain, regardent de plus en plus vers l'Asie pour écouler leurs matières premières.
Pour les producteurs de cacao ivoiriens, cette bascule reste pour l'instant affaire de diplomatie économique plus que de terrain. Aucune donnée indépendante ne permet, à ce stade, de mesurer l'effet réel du tarif zéro sur les volumes exportés depuis mai. La séance d'information de fin juin avait justement pour objet de combler ce fossé entre l'annonce officielle et son application par les entreprises exportatrices elles-mêmes, souvent moins informées des détails techniques d'une politique commerciale décidée à Pékin.
Le calendrier chinois laisse, en tout cas, peu de place à l'attentisme. La Côte d'Ivoire doit préparer sa participation à la CIIE de Shanghai en novembre, pendant que Pékin promet de négocier la pérennisation du tarif zéro au-delà des deux années initialement annoncées. Un délai serré pour des filières agricoles qui, de la fève de cacao au grain de café, doivent encore s'organiser pour transformer une opportunité tarifaire en débouchés commerciaux réels.







