Le chiffre a presque doublé en six ans. En 2020, 18 % des foyers français déclaraient avoir eu du mal à régler certaines factures d'énergie. En 2026, ils sont 34 %, selon la vingtième édition du baromètre énergie-info du médiateur national de l'énergie, publiée mardi 3 novembre. Un Français sur trois, donc, a dû choisir à un moment de l'année entre payer son électricité ou son gaz et autre chose.
Les jeunes en première ligne
La situation est encore plus dure pour les moins de 35 ans : 55 % d'entre eux ont rencontré des difficultés de paiement. Étudiants, jeunes actifs, jeunes parents : ce sont eux qui occupent le plus souvent les logements les moins bien isolés, les petites surfaces chauffées à l'électricité, avec les revenus les plus faibles. La précarité énergétique n'est plus l'affaire des seuls retraités modestes.
Autre signal inquiétant : 86 % des foyers estiment que l'énergie pèse lourdement sur leur budget. Ce niveau, stable par rapport à 2025, est le plus élevé jamais mesuré depuis le lancement de l'enquête en 2007.
Avoir froid l'hiver, trop chaud l'été
Derrière les pourcentages, il y a des gestes quotidiens. 72 % des ménages ont réduit leur chauffage l'hiver dernier pour limiter la facture, contre 53 % en 2020. Plus d'un tiers des foyers ont eu froid chez eux pendant au moins vingt-quatre heures. Et l'été, plus des deux tiers ont souffert de la chaleur lors des canicules de 2026.
Pour les plus modestes, c'est la double peine. Parmi les bénéficiaires du chèque énergie, près d'un sur deux a subi à la fois le froid de l'hiver et la chaleur de l'été dans son logement. Le rapport parle d'une sobriété « subie » plutôt que choisie : on ne consomme pas moins par conviction écologique, mais parce qu'on n'a plus les moyens.
La transition énergétique, trop chère pour beaucoup
Le baromètre pointe aussi un paradoxe. Le gouvernement pousse les ménages à électrifier leur logement, avec des pompes à chaleur ou des équipements plus sobres. Mais parmi ceux qui y seraient prêts, 53 % renoncent à cause du coût de départ. Autrement dit, ceux qui auraient le plus besoin de réduire leurs factures sont aussi ceux qui ne peuvent pas investir pour y parvenir. Le médiateur, Bernard Doroszczuk, rappelle que la transition énergétique « doit permettre à chacun de mieux maîtriser sa consommation et ses dépenses ». On en est encore loin.
La diaspora africaine particulièrement exposée
Pour les familles africaines installées en France, et notamment ivoiriennes, ces chiffres sont souvent une réalité vécue. Beaucoup habitent des logements anciens ou en HLM, mal isolés, où le chauffage électrique coûte cher. Beaucoup envoient aussi chaque mois une partie de leurs revenus au pays pour soutenir leurs proches. Quand la facture d'énergie grimpe, c'est parfois ce transfert qui est sacrifié, avec des conséquences directes jusqu'à Abidjan, Bouaké ou Daloa.
Notre regard
Ce record n'est pas une fatalité. Les solutions sont connues : rénovation massive des logements mal isolés, revalorisation du chèque énergie, tarifs sociaux mieux ciblés, aides pour financer l'électrification des ménages modestes. Ce qui manque, c'est un effort financier à la hauteur. Tant qu'il ne viendra pas, un tiers du pays continuera de compter ses factures, et d'avoir froid chez soi pour joindre les deux bouts.
Si vous avez des difficultés à payer vos factures d'énergie en France, le médiateur national de l'énergie et son site energie-info.fr peuvent vous orienter, notamment sur le chèque énergie et les recours en cas de litige avec un fournisseur.









