Trois jours durant, du 7 au 9 septembre, l'hôtel Golden Palace de Grand-Bassam a accueilli un aréopage inhabituel : représentants des missions diplomatiques et consulaires ivoiriennes, responsables associatifs de la diaspora, cadres du ministère délégué chargé de l'Intégration africaine et des Ivoiriens de l'extérieur, et partenaires internationaux réunis autour du programme MIGRET, financé par l'Union européenne et la France et mis en œuvre par un consortium associant Expertise France, Enabel et l'Organisation internationale pour les migrations.
L'objectif affiché par le ministre délégué Adama Dosso, qui a ouvert les travaux : muscler des services consulaires qu'il a lui-même qualifiés de « premier et parfois seul visage de l'État ivoirien » pour des citoyens installés à des milliers de kilomètres d'Abidjan. Au menu des discussions, la création d'un Conseil des Ivoiriens de l'extérieur, structure censée donner à la diaspora une représentation plus organisée face à l'administration.
Cet atelier n'est pas un cas isolé. Début septembre déjà, un autre rendez-vous organisé à Grand-Bassam par la Direction générale des Ivoiriens de l'extérieur, sous la conduite de son directeur général Gaoussou Karamoko et en partenariat avec l'OIM, s'est penché sur une question plus discrète mais tout aussi importante : l'identité légale. Selon les chiffres cités lors de cette rencontre, environ 61 % des migrants ivoiriens de retour au pays ne disposent pas de documents d'identité valides, un taux qui grimpe à 71 % chez les hommes contre 42 % chez les femmes. Sans état civil en règle, pas d'accès simple aux droits ni aux services de base, un enjeu que Karamoko a rattaché à la cible 16.9 des Objectifs de développement durable des Nations unies.
La dimension sociale progresse elle aussi, plus lentement. En mai dernier, le ministère délégué et la Caisse nationale de prévoyance sociale ont signé une convention permettant aux travailleurs indépendants de la diaspora de s'affilier au régime social des travailleurs indépendants, le RSTI. L'accord, conclu pour trois ans renouvelables entre Adama Dosso et le directeur général de la CNPS Denis Charles Kouassi, prévoit des campagnes de sensibilisation communes et l'ouverture d'espaces d'information au sein des missions diplomatiques.
Reste le nerf de la guerre : l'argent que la diaspora fait entrer au pays. Les transferts ont atteint 938,8 milliards de F CFA en 2025, contre 840 milliards en 2024 et 640 milliards en 2023, une trajectoire qui n'a cessé de grimper depuis les 99,5 milliards enregistrés en 2008. Plus d'1,2 million d'Ivoiriens répartis dans plus de 140 pays alimentent ce flux, que le gouvernement cherche désormais à canaliser au-delà de la simple épargne familiale, via un guichet unique dédié aux talents de la diaspora et un fonds d'appui à l'investissement présentés l'an dernier par les services du ministère délégué.
Pris séparément, ces chantiers paraissent disparates. Mis bout à bout, ils dessinent une ambition assumée par Abidjan : faire de la diaspora un acteur à part entière du Plan national de développement 2026-2030, plutôt qu'un simple pourvoyeur de devises. Reste à savoir si le Conseil des Ivoiriens de l'extérieur, une fois créé, aura les moyens de peser sur ces différents chantiers plutôt que de s'ajouter à la liste des structures consultatives sans grand pouvoir.







