Entre juillet et septembre, le gouvernement camerounais aura tenu deux rendez-vous avec sa diaspora, à quelques semaines d'intervalle et sur deux continents. Le premier, à Yaoundé, avait des allures de séminaire technique. Le second, prévu à Paris les 18 et 19 septembre, se veut plus grand public. Le fil conducteur reste le même : transformer une épargne aujourd'hui dispersée en argent qui construit.
Le 7 juillet, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a ouvert à Yaoundé une conférence de haut niveau consacrée à la restitution du projet DIASDEV, Diaspora et Développement, conduit par la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC). L'objectif : étudier la mise en place d'un produit d'épargne réglementé, accessible aussi bien aux Camerounais de l'étranger qu'aux résidents, pour mobiliser une épargne de long terme au service de l'économie nationale. Des responsables de caisses de dépôts et des experts venus de plusieurs pays d'Afrique et d'Europe ont pris part aux échanges.
Le diagnostic du directeur du Trésor
Moh Sylvester Tangongho, directeur général du Trésor camerounais, pointe surtout l'usage que la diaspora fait de son argent, plus que son volume.
« « Ces fonds servent surtout à couvrir des dépenses courantes, les frais médicaux, la scolarité ou le soutien familial. Ce sont des flux utiles, mais qui n'alimentent pas suffisamment l'investissement structurant. » »
— Moh Sylvester Tangongho, directeur général du Trésor camerounais
Les chiffres cités par camer.be donnent la mesure de l'enjeu : environ 650 milliards de FCFA de transferts en 2025, en hausse de 8 % sur un an, provenant principalement de France, des États-Unis et de la zone Cemac. Sur les cinq dernières années, la moyenne annuelle tourne autour de 450 milliards.
Paris, rendez-vous des Diaspora Bonds
Le forum « Ensemble Back Home », organisé par le Réseau Ensemble et soutenu par l'ambassade du Cameroun en France, doit réunir plus de 400 participants les 18 et 19 septembre. Le programme annoncé mêle mobilisation de l'épargne, fiscalité, innovation financière, investissement dans l'immobilier et l'agrobusiness. D'anciens internationaux camerounais, Aurélien Chedjou et Stéphane Mbia, doivent y participer, aux côtés de personnalités politiques et diplomatiques.
Au centre des discussions : les Diaspora Bonds, ces titres de dette qu'un État peut émettre spécifiquement à destination de sa diaspora. Le Cameroun se réfère explicitement aux expériences éthiopienne et sénégalaise en la matière. La Société Immobilière du Cameroun et la Cosumaf, le régulateur financier de la zone Cemac, travaillent déjà à la structuration d'un Diaspora Bond dédié au logement.
Reste un obstacle que ni les experts ni les officiels ne minimisent : la confiance. La question de la double nationalité, toujours non reconnue juridiquement au Cameroun, revient régulièrement dans les revendications de la diaspora, qui y voit un frein symbolique à son engagement. Interrogé sur ce point, le directeur général du Trésor reconnaît que la préoccupation a été soulevée à plusieurs reprises, tout en rappelant qu'elle ne conditionne pas, en droit, la participation à un investissement financier.
L'économiste financier Marc Onana Ombé, cité par camer.be, avance quatre arguments en faveur des Diaspora Bonds : un coût de recouvrement plus faible que sur les marchés internationaux, une moindre exposition à la volatilité des marchés financiers, un lien renforcé entre l'État et sa diaspora, et une forme de souveraineté économique accrue par rapport à la dépendance aux aides publiques au développement. Des arguments techniques qui ne suffiront pas, à eux seuls, à convaincre une diaspora échaudée par des années de promesses non suivies d'effets. De quoi mesurer l'écart entre l'ambition affichée à Paris à la mi-septembre et les réformes qui restent, elles, à mener à Yaoundé.







