Pour un Ivoirien de Paris, de Montréal ou de Bruxelles, la question est familière : pourquoi est-il parfois plus simple de voyager vers l'Europe que d'aller d'Abidjan à un pays voisin avec un passeport africain ? À Lomé, cette semaine, la question est posée en termes techniques, mais elle concerne directement les familles éclatées entre plusieurs pays.
Vingt ans de cadre politique, peu de visas en moins
Une centaine de délégués, responsables de l'immigration et spécialistes des migrations, se sont réunis du 28 au 30 septembre dans la capitale togolaise pour préparer le futur Conseil consultatif de l'Union africaine sur les migrations. L'organe doit apporter un appui technique aux États et améliorer la coordination de la gestion des frontières, à partir de données probantes plutôt que de politiques dispersées.
La rencontre tombe à un moment symbolique : l'Union africaine a adopté son cadre de politique migratoire en 2006, il y a exactement vingt ans. Les discussions portent sur la gestion intégrée des frontières, les nouvelles technologies, les régimes d'exemption de visa et la libre circulation, en lien avec le protocole sur la libre circulation et la Zone de libre-échange continentale africaine.
Un chiffre qui résume l'écart
Le chiffre qui revient dans la presse togolaise vient de l'Africa Visa Openness Index 2025 de la Banque africaine de développement : seuls 28,2 % des déplacements intra-africains sont aujourd'hui exemptés de visa. Autrement dit, plus de sept trajets sur dix restent soumis à une formalité préalable.
Ce constat nourrit le titre choisi par la République togolaise pour rendre compte de la rencontre : sur la libre circulation, « on en est encore loin ». L'écart entre le discours panafricain et l'expérience concrète du voyageur reste, de l'avis de cette lecture, le cœur du sujet.
Le Togo, laboratoire de l'ouverture
Si Lomé accueille les travaux, c'est en partie à cause de sa position sur la mobilité. Selon Togo First, le pays a supprimé le 18 mai 2026 l'obligation de visa pour les détenteurs de passeports africains, avec un séjour possible jusqu'à 30 jours, tout en conservant ses contrôles d'entrée. Sabelo Mbokazi, de la Commission de l'Union africaine, a indiqué que le Togo partagerait son expérience avec les autres États.
Ce modèle peut servir de référence, mais il reste national. Une exemption de trente jours n'équivaut ni à un droit de résidence ni à un droit de travailler, et elle ne dit rien de la reconnaissance des diplômes ou de la circulation des marchandises.
Ce que la diaspora a à y gagner
Pour la diaspora, l'enjeu est double. D'abord, celui du retour et des allers-retours : investir, monter une entreprise ou simplement rendre visite à la famille suppose de pouvoir circuler sans multiplier les demandes. Ensuite, celui des compétences : un ingénieur ivoirien installé à l'étranger peut être sollicité par un projet au Ghana, au Sénégal ou au Togo, à condition que la frontière ne soit pas un obstacle.
Ce n'est pas un hasard si les États multiplient les initiatives en direction de leurs ressortissants de l'extérieur. La Côte d'Ivoire, qui a enregistré 938 milliards de FCFA de transferts de sa diaspora en 2025, cherche à les orienter vers l'investissement productif. Or un investisseur circule d'autant plus volontiers que la région est ouverte.
Prudence sur les suites
Les conclusions finales de Lomé n'étaient pas encore publiées au moment de la rédaction. Un conseil consultatif ne crée pas de droit : il conseille, alors que les décisions d'ouverture des frontières restent entre les mains des États. Il faudra donc regarder, dans les prochains mois, quels pays suivent l'exemple togolais et quelles règles concrètes en sortent.







